lundi 24 mai 2021

BERTRAND MANDICO CHEZ MAUVAIS GENRES

Pour célébrer la sortie du DVD Ultra Pulpe et autres chairs et évoquer les films à venir, une partie de l'équipe de Mauvais Genres (Céline du Chéné, Philippe Rouyer et moi) se déplace avec François Angelier chez Bertrand Mandico pour une discussion bondée de fantômes comme un métro parisien à six heures du matin, tandis qu'une autre (Sixtine Audebert, Christophe Bier, Jean-Pierre Dionnet, Antoine Guillot) chronique des sorties récentes. 

https://www.franceculture.fr/emissions/mauvais-genres/ultrapulpe-ou-les-feeries-barbares-de-bertrand-mandico



jeudi 20 mai 2021

STUPOR MUNDI 3 EST SORTI


Initialement prévu pour être un film unique, puis une tétralogie, et finalement complété sous la forme d'une trilogie, STUPOR MUNDI est un voyage psychique (historique, politique, musical et métaphysique) dans la période contemporaine, qui va des années 1960 à nos jours.

Les deux premiers films (Rituel de décapitation du pape et Les Hommes qui mangèrent la montagne) couvrent la période qui s’étale du début des années 1960 à la fin des années 1980. A travers des images d’archives stupéfiantes et des rencontres avec des intervenants magnifiques (Gail Zappa, Trey Spruance, Alessandra Izzo, Julien Schuh, etc.) on y découvre la scène historique des Freaks de Los Angeles, épiphanie de l’esprit carnavalesque dans l’Histoire et le regard politique de Frank Zappa sur cette période-charnière. Puis on suit la transformation sociale des Hippies en Yuppies alors que l’imaginaire pataphysique d’Alfred Jarry éclaire de sa lumière noire et jaune la malédiction qui traverse les corps de Georges Pompidou, Richard Nixon, Timothy Leary, Jerry Rubin, Dominique Strauss-Kahn, Dany Cohn-Bendit et tous ceux qui incarnent la fonction politique depuis la nuit des temps. 

Ces deux premiers films ont été publiés en DVD en 2016 sous la forme d’un coffret contenant un DVD et un espace pour le deuxième DVD, qui contiendrait la suite et la fin de STUPOR MUNDI. 


Voir la bande-annonce des deux premiers STUPOR MUNDI lors du lancement du DVD en mai 2016 :

https://vimeo.com/210905556


Le troisième film, La plus dangereuse rencontre, consacré à la relation Orient-Occident, a été achevé fin 2019 et a été projeté entre 2019 et 2020 (avant le confinement, quoi). Il va des années 1990 à nos jours, à travers les guerres principales des dernières décennies - de l’Irak à la Libye - mais aussi l’influence de l’Orient sur les musiciens occidentaux modernes (Eyvind Kang, Jessika Kenney, Trey Spruance). 


Voir la bande-annonce de STUPOR MUNDI 3 lors de sa première projection au Studio Galande en novembre 2019 :

https://vimeo.com/365707175


Ce troisième volet sera le dernier. Il n’y aura pas de STUPOR MUNDI 4. 

Le DVD sort aujourd’hui. Mais le film n’est pas tout seul. Il est accompagné d’un long entretien avec Thomas Bertay et Pacôme Thiellement, Trois ou quatre cavaliers, filmé en 2020 par Warren Lambert et Vladimir Vatsev. Mêlant anecdotes personnelles et réflexions politiques, le film revient sur vingt ans de collaboration entre les deux réalisateurs.


Soit vous n'avez pas contribué, au cas où vous pouvez le faire maintenant, en envoyant un chèque de 20 euros (+ 4 euros de port) à Sycomore Films. Adresse : Sycomore Films, 8 rue des Apennins. 

Soit vous avez déjà contribué, au cas où vous le recevrez automatiquement dans les jours qui viennent. Nous venons Thomas et moi de faire les envois. 

Avertissement à ce sujet. Le DVD ne sera pas dans un boitier mais dans une simple pochette.




Voilà ce que vous allez faire. Vous allez placer ce DVD dans le boitier de STUPOR MUNDI, dans l’espace prévu pour celui-ci (si, si, vérifiez, il y a deux espaces dans votre boitier STUPOR MUNDI et pour l’instant vous n’avez qu’un seul DVD dedans). 







Et votre boitier de STUPOR MUNDI sera complet. 

Il nous reste encore des coffrets du Dispositif (pas beaucoup) et des DVD de STUPOR MUNDI 1 & 2. 

Vous pouvez commander le coffret du Dispositif pour 35 euros (+ 6 euros de port) et le DVD de Stupor Mundi épisodes 1 & 2 pour 20 euros (+ 4 euros de port). Chèques à l’ordre de Sycomore Films. Adresse : Sycomore Films, 8 rue des Apennins 75017 Paris. 

lundi 17 mai 2021

L'ÉCOLE INFINIE

 


 

J’ai fini L’enquête infinie. Ça fait bizarre de dire ça, et surtout de le dire comme ça. J’ai fini L’enquête infinie. Je ne suis pas sûr qu'elle fonctionne, cette phrase : J’ai fini L’enquête infinie. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas infini si tu l’as fini, andouille. Et si c’est infini, tu ne l’as pas fini. Mais si : j’ai fini un livre qui parle de quelque chose d’infini, mais cette chose reste infinie, c’est seulement le livre sur cette chose qui est fini. Je ne dis pas que l’enquête infinie, en tant qu’enquête, est finie. C’est seulement L’enquête infinie, en tant que livre, qui l’est. Ne confondons pas le mot et la chose, encore moins le titre et le sujet. Ne confondons pas l’infini, le fini, l'indéfini et le défini. Y a plus d’infini, ma bonne dame. 

 

Je l’ai assez rabâché, que c’est mon plus gros livre à ce jour. Plus de 500 pages. Ça n’impressionnera pas les sept-cent pageurs, les mille-pageurs, les deux-mille-pageurs. Mais pour moi c’était long. Long à écrire et surtout à corriger, à vérifier, à fact-checker. A faire lire aux amis et aux spécialistes des sujets évoqués. Pour L’enquête infinie, j’ai consulté beaucoup plus de gens que pour mes précédents livres. Certaines personnes, c’était pour un seul chapitre, un seul sujet ; d’autres, c’était l’ensemble du livre. Depuis mon premier livre, Poppermost, publié en 2002, j’ai toujours fait lire mes livres avant publication à un groupe choisi de lecteurs : des amis ou des spécialistes du sujet traité (souvent les deux à la fois). Ce sont les gens qui apparaissent sur la page des remerciements. La page des remerciements est généralement la page des relecteurs. Parfois j’y ajoute aussi quelques amis qui m’ont aidé autrement. Par leur conversation, par certaines informations qu’ils m’ont données, par certains livres qu'ils m'ont conseillés, et puis surtout par leur amitié. Mais la majorité des noms est celle des amis-spécialistes-relecteurs. Tu m’as donné de la crasse et j’en ai fait de l’or est, de mes livres, celui que j’aurais fait lire, en amont, au plus petit nombre de relecteurs à ce jour. Seulement quatre : Thomas Bertay, Chloé Delaume, Bertrand Mandico, Virginie Vernay. Il fallait que le livre reste intime, presque secret, jusqu’à sa sortie. Et puis il n’y avait pas besoin de spécialistes, puisque c’était ma vie, le sujet, banane. C'était même ma vie de gourou-banane. L’enquête infinie a le plus grand nombre de relecteurs. Il n'est pas infini, mais il est grand quand même. Vous les découvrirez en fin de livre. Il y avait tellement de sujets sur lesquels j’avais besoin de leurs lumières. L’enquête infinie va dans tous les sens. Y a plein de trucs qui trainaient depuis plusieurs années et qui y ont trouvé leur place, à commencer par mes recherches sur le Sphinx ou le thème du labyrinthe. On y trouve, entre autres, les études sur les profilers, la série Millennium de Chris Carter, les romans de Thomas Harris, et l’exégèse de la série Dollhouse dans sa relation avec le transhumanisme (ce qui m’a permis de développer sur quelques pages l’arnaque qui consiste à associer gnosticisme et transhumanisme), les analyses de quelques faits divers qui sont un peu plus que des faits divers (Jack l’Éventreur, le petit Grégory, l’effet Mandela, le cas Martin Schkreli), et puis une longue série concernant les occurrences de la vision des Sans Roi chez les artistes et penseurs du XXe siècle : André Breton, Antonin Artaud, Federico Fellini (avec C.G. Jung), David Bowie (avec John Lennon), Philip K. Dick… Mais tout ça travaillé et retravaillé, mélangé et modifié, métamorphosé pour former une totalité. C’est un livre qui pourra être lu dans sa continuité mais aussi en piochant un chapitre au petit bonheur, puisque chacun est pensé comme pouvant faire l’objet d’une lecture indépendante. C’est à mi-chemin d’un « recueil » comme Pop Yoga et de l’essai « à sujet central » mais rempli de modifications de perspective ou de personnages, comme L’homme électrique.

 

L’enquête infinie a surtout sa logique propre, qui aurait été impensable sans l’expérience du confinement, permettant une grande et longue période de solitude, propice à rouvrir tous les vieux dossiers et à réfléchir en profondeur sur chacun. Propice à relire tout Breton, tout Artaud, tout Poe, revoir tous les films de Fellini, relire toutes les bandes dessinées de Moebius, éplucher toutes les hypothèses concernant Jack l’Éventreur et réétudier tous les épisodes de Millennium. Propice à étudier dans le détail L’exégèse de Philip K. Dick. Le confinement m'aura fait voyager. 

 

Ce « confinement » a même débordé sur le « déconfinement ». Je ne me suis jamais déconfiné parce que je n’avais pas fini L’enquête. Je ne pouvais pas rentrer chez moi, c'est-à-dire dans la vraie vie. Mais j’ai fait une pause, en été-automne de l’année dernière. Le temps de faire avec Thomas Bertay Trois ou quatre cavaliers, un film qui puisse s’ajouter à Stupor Mundi 3 pour compléter le DVD qui sort aujourd’hui.

 

Parce que le DVD de Stupor Mundi 3 sort, enfin. Et donc Stupor Mundi est fini, lui aussi. La stupeur du monde est finie, comme sa gloire, dirait l'autre. Finis Stuporae Mundi


Stupor Mundi, c’est une histoire compliquée. Le projet de film est né pendant qu’on faisait les épisodes du Dispositif avec Thomas, au début des années 2010. Le Dispositif, on avait commencé en 1999, on pensait en faire un par semaine, un chaque Dimanche, et on comptait en faire 52 en un an. Mais petit à petit, on a été plus ambitieux sur le contenu des épisodes. On a voulu peaufiner, complexifier, et finalement on a mis treize ans à finir. On a mis treize ans à faire nos 52 Dispositifs. Et après on a enchaîné sur ce qu’on pensait être « un » film, initialement appelé Rituel de décapitation du Pape. C’était une commande de Xavier Filliol, qui voulait faire un film sur les Freaks de L.A., le premier « mouvement de la jeunesse » des années 1960. Les gars qui entouraient Zappa au début des années 1960, dirigés par le sculpteur et danseur Vito Paulekas. Xavier connaissait tous les survivants, dont Carl Franzoni et Gail Zappa. Il est devenu notre producteur, mais on avait carte blanche pour traiter le sujet comme on l’entendait. Xavier nous a payé le voyage à L.A. On a rencontré Gail Zappa, on s’est bien entendu avec elle, elle nous a envoyé une lettre d’autorisation amicale pour qu’on puisse piocher dans la discographie de Zappa. On a monté une petite équipe (avec Antoine Mocquet, Camille Gerschell, Pierre Borde…). On a tourné à Palerme. On a tourné à Bourges. On a tourné à Paris. Et finalement on s’est retrouvé avec plus de matière qu’il n’en fallait pour un seul film. La stupeur du monde était infinie. 

 

Du coup on est parti sur une tétralogie : Stupor Mundi 1 Rituel de décapitation du pape et Stupor Mundi 2 Les hommes qui mangèrent la montagne ont été achevé ensemble, en 2016. Et on a terminé Stupor Mundi 3 La plus dangereuse rencontre en 2019. Et en revoyant ce qui nous restait, il nous a semblé évident qu’on ne pourrait pas faire un Stupor Mundi 4 du niveau des trois précédents. Les meilleures choses étaient dans le troisième film. Du coup, c’est devenu une trilogie. Toute l’histoire sera racontée dans le film qui accompagne Stupor Mundi 3. Un film nommé Trois ou quatre cavaliers et qui revient sur vingt ans de travail ensemble : sur Le Dispositif, sur les trois films Spectre, avec le groupe Maat, et jusqu’à Stupor Mundi. C’est parti d’un entretien avec Warren Lambert filmé par Vladimir Vatsev et c’est devenu un film

 

Vous pourrez voir ce film si vous commandez Stupor Mundi 3. Ce qui m’amène à tout bien réexpliquer, pour ceux que ça intéresse et qui n’ont pas tout suivi. 


En 2013, on a publié un coffret contenant les 52 épisodes du Dispositif. On l’a sorti à 676 exemplaires (nombre d’apparitions de Killoffer dans l’album du même nom). Il en reste encore une centaine. Puis on a publié un digipack Stupor Mundi avec de la place pour deux DVD mais un seul DVD à l’intérieur : celui qui contient les épisodes 1 et 2. Je réexplique parce qu’on me l’a redemandé une centaine de fois. 


Donc, si vous avez le digipack Stupor Mundi et qu'il n'y a qu'un seul DVD à l’intérieur, c’est normal. Faut pas s'inquiéter. La place restante, c’est pour y placer le DVD qui devait contenir les épisodes 3 et 4 et qui désormais contient l’épisode 3 et le film Trois ou quatre cavaliers. 

 

Si vous avez souscrit pour celui-ci, vous allez recevoir le DVD de Stupor Mundi 3. Vous le recevrez dans une pochette plastique transparente et vous le placerez dans votre boitier, dans l’espace qui était prévu pour celui-ci. Et votre Stupor Mundi sera complet. Le digipack de la stupeur du monde sera fini. 

 

Si vous n’avez pas souscrit, vous ne le recevrez pas. Ce qui complique les choses, c’est qu’il y avait quatre souscriptions possibles. Je vous explique. Vous pouviez souscrire à hauteur de 20 euros, ce qui vous permettait de recevoir le DVD des deux premiers épisodes de Stupor Mundi (et donc si vous avez souscrit à hauteur de 20 euros, vous ne recevrez pas le DVD de Stupor Mundi 3). Vous pouviez souscrire à hauteur de 40 euros, ce qui vous permettait de recevoir le DVD des deux premiers Stupor Mundi et le DVD du troisième (et donc vous le recevrez dans les jours qui viennent). Vous pouviez souscrire à hauteur de 55 euros, ce qui vous permettait de recevoir le DVD des deux premiers Stupor Mundi et le coffret du Dispositif (et donc vous ne le recevrez pas). Vous pouviez souscrire à hauteur de 75 euros, et plus, ce qui vous permettait de recevoir tout : le coffret du Dispositif, le premier DVD et le second DVD (et donc vous le recevrez). Et si, aujourd’hui, vous voulez un peu de tout ce bordel, c’est pareil. Vous pouvez acheter le premier DVD ou le second DVD pour 20 euros chacun. Les deux DVD pour 40 euros. Un des deux DVD et le coffret pour 55 euros. Les deux DVD et le coffret pour 75. Tout ça par chèque, au nom de « Sycomore Films », envoyé à Sycomore, 8 rue des Apennins 75017 Paris. Voilà, voilà, voilà. Ajoutez un signet avec ce lien si vous voulez y revenir, je ne vais pas réexpliquer ça à chaque fois. 

 

Donc on a terminé le DVD de Stupor Mundi 3. Et le DVD sort maintenant. 

 

Et ensuite j’ai terminé L’enquête infinie. Et le livre sort le 15 septembre chez les PUF. 

 

Après L’enquête infinieTrois ou quatre cavaliers et le tournage de Bertrand Mandico, j’ai écrit la plaquette sur Prince, Prince des fêtes brûlantes et des aubes froides, pour Derrière la salle de bains, qui est sortie le mois dernier. 

 

Pour L’enquête infinie, Laurent de Sutter a eu l’idée du bandeau : « Une autre histoire du XXe siècle ». Ça m’a bien plu. D’une certaine façon, c’est une histoire du XXe siècle qui est écrite, qui commence avec Jack l’Éventreur et Edgar Allan Poe (au XIXe) et Nadja et Artaud (au XXe) qui va jusqu’aux serial-killers, aux guerres du pétrole, à Charlie Kaufman, et qui se perpétue un peu au-delà, avec Dollhouse et la mort de Bowie (au XXIe). Il y a de longs passages sur l’esprit des années 1920, des années 1930, ou des années 1960, 1970, 1980… Le livre interroge sans cesse la place du mystère ou des mystères dans la trame du XXe siècle. 

 

La stupeur du monde est finie. L’enquête infinie est finie. Ce qui n’est pas fini, c’est sans doute l’école : vu que je n’arrête pas de faire des rêves d’examen. Depuis le début du confinement, j’ai recommencé à noter mes rêves, de façon assez stricte, soutenue. En un an, j’en ai noté plus de cent. 

 

Il y a des rêves de dents qui tombent, des rêves de valise et de train à prendre, des rêves de spectacle qui commence où je suis sur la scène et je n’ai pas répété mon texte. Il y a des labyrinthes où je me perds, des litières de chats que je dois nettoyer, des vieilles affaires de ma jeunesse que je retrouve : cassettes-audio, livres pour enfants, vieux carnets. Il y a aussi des décors à la Bosch ou à la Brueghel, des sortes de tours de Babel où je dois descendre ou monter, des restaurateurs qui s’enfoncent dans des sables mouvants et que je peine à aider à sortir, une fille qui crie : « Pacôme, casse-toi du neuvième arrondissement ! » Il y a des repas où on me propose systématiquement de la viande que je dois refuser, gêné ; et un rêve où j’achète un sandwich « Rainbow Children » dans une boulangerie et je fais un scandale parce qu’il y a du jambon dedans et que Prince était végétarien. Il y a beaucoup de rêves autour de Lumpy Gravy et d’Out 1. Il y a des rêves de soulèvement qui échouent et Eric Zemmour qui devient maître du monde et organise des exterminations massives de population. Il y a pas mal de rêves dickiens sur une incarnation de la Sofia ou de la divinité qu’il faut retrouver. Et je vois sans cesse quelqu’un qui me dit que je n’ai pas réussi à faire l’exégèse de telle ou telle chose, que beaucoup de choses sont encore indéchiffrables, que j’ai encore bien du travail. Mais surtout, il y a beaucoup de rêves d’examens. 

 

Quand est-ce qu’elle sera finie, l’école infinie ? 


lundi 10 mai 2021

PRINCE ET ZAPPA



Prince et Zappa, c’est l’enquête impossible. Je n’ai pas abordé les problèmes de cette rencontre imaginaire ou association possible dans la plaquette publiée par Derrière la salle de bains : Prince des fêtes brûlantes et des aubes froides. Ce n’était pas le moment. Je n’étais pas prêt. Les conditions requises n’étaient pas réunies. Ce n’était pas non plus le sujet. D’ailleurs, puisqu’on en parle, de la plaquette Prince des fêtes brûlantes et des aubes froides, si vous ne l’avez pas encore commandée, commandez-la. Je ne dis pas ça seulement parce que c’est moi qui l’ai écrite, mais aussi pour soutenir Derrière la salle de bains. Valeureuse, gracieuse, glorieuse maison. 5 euros, ce n’est pas cher. Peut-être trop cher à votre goût parce que le texte est court. Mais l’objet est si beau. Ce que fait Derrière la salle de bain est si beau. Et n’attendez pas de tomber dessus en librairie, puisque vous ne tomberez pas dessus en librairie. C’est uniquement sur le site Weekend : Weekendpoetry. Je l’ai déjà dit ? Sans doute, oui, je l’ai déjà dit.


https://www.weekendpoetry.com/product/prince

 

Prince et Zappa, ce n’est pas dans Prince des fêtes brûlantes et des aubes froides. Ce n’était pas le moment. Pas encore. En tant que « mon premier texte sur Prince », je n’avais pas à y injecter si tôt mes propres obsessions investigatrices et exégétiques. Prince des fêtes brûlantes et des aubes froides est un point de départ, une ouverture, une première synthèse, les premières notes d’une chanson, les premières pages d’une lettre d’amour. Si la vie qui vient est encore assez longue, je continuerai à avancer dans la myriade de mystères que Prince a laissé pousser dans nos cœurs comme des fleurs. 





Pendant longtemps, pendant plusieurs décennies, mon amour pour la musique de Prince ne me permettait pas d’écrire grand-chose. Comme beaucoup d’autres musiques (soul, jazz, rap, arabe, indienne, bulgare), je n’arrivais pas à l’aborder. Je ne savais par quel biais en parler ou faire parler sa musique en moi. Tout a changé quand j’ai rencontré Messieurs Frédéric Dumeny et Raphaël Melki il y a quelques années, les connaisseurs admirables. A force de m’en raconter, à force de m’expliquer, à force de me nourrir d’inédits princiers, ils ne m’ont pas trop laissé le choix. Alors je viens de commencer. Et je vais continuer. Pardonnez-moi mes fautes, les gars. 

 

Comme vous le savez peut-être (ou peut-être pas) Frédéric Dumeny et Raphaël Melki font partie, avec Pierre Jacquet et Nicolas Gabet, des quatre cavaliers de Violet, ce podcast fantastique qui explore, à chaque fois, sur trois à quatre heures, un album. Et ce podcast a désormais des bonus, avec d’autres personnes qui parlent de leur rapport à l’album en question. J’interviens sur le bonus de Lovesymbol. En effet, non seulement j’adore cet album, mais j’y pense sans arrêt. En particulier à « Three Chains of Gold », une des chansons de Prince que j’ai le plus écoutées. Ça fait bien rire Raphaël, mon amour de « Three Chains of Gold », comme mon goût pour « Strays of the World », « Thunder », « Gold », « Last December » et ce qu’on a provisoirement appelé le corpus du « Prince pompier ». Les chansons grandiloquentes et ébouriffantes. Cela mériterait d’être correctement exploré prochainement. On y viendra. A force de dire qu’on va faire quelque chose, on finit par le faire. Bien sûr qu’on va le faire. 


https://www.listennotes.com/podcasts/violet-le-podcast/bonus-2-lovesymbol-9OCtr6y3K8g/

 

Et puis, pendant la conversation avec Raphaël Melki, j’ai ouvert une parenthèse sur Prince et Zappa. Et Raphaël m’a encouragé (vous pouvez l’entendre si vous écoutez le podcast, je ne dis pas ça pour me justifier, je dis ça pour contextualiser) : Zappa et Prince, c’est une question qui revient souvent sur les forums, chez les fans, alors il faut en parler. Mais comment en parler ? Il faut trouver la bonne façon de l’aborder. Du coup, je vais faire un point d’étape sur cette enquête impossible : Prince et Zappa. 

 

Y a-t-il eu déjà des textes sur cette question ? Guy Darol, Frédéric Goaty, Olivier Cachin, Eric Dahan, Philippe Manœuvre ont-ils écrit sur cette rencontre imaginaire et association possible ? Je ne sais pas. Si vous en savez quelque chose, écrivez-moi. Envoyez-moi ce que vous avez sur le sujet. J’archive, je compile, je collectionne, j’étudie, je scrute scrupuleusement. Et ensuite, je restitue. En attendant, on va poser, sans déconner, les fameuses questions : Que pouvons-nous savoir ? Que devons-nous faire ? Que nous est-il permis d’espérer ? Sans déconner ? Enfin, si, en déconnant quand même un peu. Mais pas trop. 

 

Donc : Que pouvons-nous savoir ?

 

A ma connaissance, Prince apparaît deux fois dans la parole publique de Zappa. La principale occurrence du nom de Prince est liée à l’histoire du PMRC, le Parents Music Resource Center. C’est une histoire qui a été souvent racontée ; ce qui ne nous empêche pas de le raconter à nouveau.  

 

D’autant plus que l’histoire du Parents Music Resource Center mériterait un roman comique à lui tout seul (quelqu’un l’écrira sans doute un jour). Tout commence par une chanson de Prince, « Darling Nikki » en 1984, sur l’album Purple Rain. « Darling Nikki » raconte un épisode sexuel de la vie du narrateur avec une jeune femme qu’il rencontre dans un hall d’hôtel, alors qu’elle est en train de se masturber « avec un magazine » (qu’elle se masturbe en lisant un magazine ou en utilisant un magazine reste ouvert à l’interprétation). Quelques épisodes sexuels suivent jusqu’à la conclusion du morceau. Une desperate housewive connue sous le nom de Tipper Gore – et qui deviendra, lors du mandat de Bill Clinton, second lady of the United States, la femme du célèbre vice-président Al Gore, champion de l’écologie – est « profondément choquée » (pour parler comme Jean-François Copé) en entendant cette référence à la masturbation féminine sur un disque écoutée par sa fille, la petite Karenna, douze ans. Elle s’associe alors avec Susan Baker, la femme du secrétaire de Ronald Reagan, et un certain nombre de femmes de politiciens américains, démocrates et républicains confondus, pour créer un dispositif de sécurité pour la jeunesse, obligeant les maisons de disque à apposer des stickers sur les albums qui comprendraient des paroles au contenu potentiellement subversif. Leur organe d’influence s’appelle donc le PMRC (« Parents Music Resource Center »). Tipper Gore soutient alors que l’influence de la musique rock est essentielle dans le déclin des valeurs familiales : la famille est un « havre de stabilité morale » qui se doit de protéger les enfants des mauvaises influences extérieures ; et la musique rock « infecte la jeunesse du monde avec des messages qu’elle ne peut pas comprendre. » Malgré les efforts de Frank Zappa et de quelques autres (parmi lesquels Jello Biaffra), la motion de Tipper Gore passera et aujourd’hui les américains s’embarrassent de ces petits stickers – Parental Advisory Lyrics – qui informent les parents de ce que leurs enfants écoutent. 


https://www.youtube.com/watch?v=j8oxXkUjYHg

 

Parmi les membres masculins de cette amusante coterie, on compte également l’influent « philosophe » Allan Bloom (il convient de garder les guillemets), pape du néo-conservatisme, disciple de Leo Strauss et maître à penser du futur Think Tank de George Bush : sorte de Finkielkraut américain avant l’heure, qui voit alors dans la création du PMRC la possibilité de défendre enfin un art « noble, délicat, sublime » (à quoi Zappa répondra : « L’Amérique n’est pas un pays noble, délicat ou sublime. C’est une poubelle dirigée par des criminels. Les chanteurs qui décrivent des choses crues, vulgaires ou répugnantes que Bloom n’apprécie pas ne font que commenter les faits. ») Dans la foulée, le PMRC publie un Top 15 des chansons les plus dangereuses pour la jeunesse. Encore une fois, nous y retrouvons la fameuse chanson de Prince en tête de liste. Non, ce n’est pas une plaisanterie : ce que des femmes de sénateurs estiment alors le plus dangereux pour la jeunesse de leur pays, c’est bien de décrire des femmes en train de se masturber.

 

À partir de cette date, Zappa ne donne pas moins de 300 interviews sur la question et participe brillamment aux débats télévisuels – comme « Crossfire » – où il cloue le bec aux journalistes politiques moralisateurs qui lui font face. Sa déposition devant le Congrès le 19 septembre 1985 est tout simplement une merveille de drôlerie et traite à nouveau de l’influence de la chanson « Darling Nikki » sur la jeunesse américaine. Mais écoutons Zappa :

« Je vous demande de considérer les faits suivants : 

« 1. Aucune preuve scientifique concluante n’a jamais été apportée qui justifierait la plainte selon laquelle l’exposition à un type de musique quel qu’il soit puisse pousser l’auditeur à commettre un crime ou à vendre son âme au diable. 

« 2. La masturbation n’est pas illégale. Si sa pratique ne relève pas d’un délit, pourquoi une chanson qui y ferait allusion serait-elle illégale ? 

« 3. Aucune preuve médicale n’a jamais établi de lien entre les poils dans la main, les verrues ou la cécité et la masturbation ou l’excitation vaginale. Pas plus qu’il n’a été prouvé que l’écoute d’allusions à de tels sujets ne transforme l’auditeur en individu asocial. 

« 4. La mise en œuvre d’une législation anti-masturbatoire coûterait beaucoup de temps et d’argent. 

« 5. Il n’y a pas assez de place dans les prisons pour enfermer tous les jeunes qui la pratiquent. »

 

La deuxième occurrence de Prince dans la parole de Zappa vient du titre du morceau qui ouvre l’album Guitar (1987) : « Sexual Harrasment in a Workplace ». Du moins à mon souvenir. J’ai le souvenir d’avoir lu une interview dans laquelle Zappa expliquait que ce titre venait du fait qu’une jeune femme travaillant pour lui écoutait Prince toute la journée et qu’il considérait que cela pouvait franchement être considéré comme du harcèlement sexuel. Mais je ne retrouve pas cette interview. Je ne l’ai tout de même pas rêvée (ou alors peut-être ?). Bref, ça s’arrête là. Pas énorme, donc. 


https://www.youtube.com/watch?v=FxVk6NYYAKg

 

Nous avons également le témoignage d’un des techniciens de Zappa, Todd Yvega. Je cite : « Un jour au studio, on s’est mis à parler de Prince. La plupart des personnes présentes se moquèrent de l’image de Prince. Mais Frank intervint pour dire qu’il admirait Prince qui était un musicien qui travaillait sérieusement et qui était dévoué à sa musique. Alors je lui ai demandé s’il avait rencontré Prince, et il m’a dit : « J’ai essayé, mais il s’est enfui ! » Frank était à un événement organisé par l’industrie musicale et il avait vu Prince dans la foule. Il s’est alors avancé vers lui d’un air décidé, mais Prince a eu l’air effrayé en le voyant avancer et il est parti en courant. »

 

Pour moi, Zappa n’apparaissait jamais dans la discographie de Prince. Et, grâce au podcast Violet, j’ai appris une chose qui m’a évidemment beaucoup troublé. Zappa apparaît en fait pas mal. Il n’en était probablement pas conscient et Prince n’en était peut-être pas lui-même conscient. Il apparaît à travers ce « sample » contenu sur l’échantillonneur Fairlight CMI : « Bizarre hahahaha » qui vient du morceau (parlé) « Our Bizarre Relationship » sur l’album Uncle Meat (1968).

 

https://www.youtube.com/watch?v=mKZQAq7TL24


« Our Bizarre Relationship » est un monologue où une femme, qu’on a identifié comme la Suzy Creamcheese des premiers albums (possiblement Pamela Zarubica) évoque sa relation avec un homme qu’on devine être le jeune Zappa, ses multiples infidélités et ses problèmes avec Elmer Valentine, le patron du Whisky a Go-Go qui employait les Mothers pour des concerts en 1963 et en 1965. Après un premier « Bizarre » prononcé par Zappa, le monologue de Suzy commence par « Bizarre hahahaha ».

 

C’est ce sample que Prince va s’amuser à utiliser un peu n’importe où. 

 

On le retrouve sur l’album Parade (1986), sur « Christopher Tracy’s Parade », très sous-mixé, peu audible, à 1mn36. On le retrouve sur les inédits de Sign O’ the Times (enregistrés en 1986, publiés en 2020), sur un morceau qui devait apparaître sur l’album annulé Dream Factory, le majestueux « All my dreams ». Il apparaît plusieurs fois sur l’introduction où les rires se démultiplient et deviennent une sorte de brouillard sonore. On le retrouve sur The Black Album (enregistré en 1987, publié en 1994), sur « Bob George », en fin de morceau, à 5 mn 34, audible mais très pitché. On le retrouve sur Lovesexy (1988), sur le morceau du même titre, à 3m59 pendant un break de guitare, un peu pitché, très audible au milieu du bordel. On le retrouve sur le projet Madhouse (1986) : Sur « 9 », à partir de la première minute, dans le chaos free-jazz whatever. Et sur « Six (The End of the World mix) », peu pitché, à 4mn 10 entre deux riffs. « Bizarre hahahaha »


https://www.youtube.com/watch?v=egAJRrl2b2M

 

Et bizarre a plus d’un titre. Bizarre que Zappa n’ait jamais parlé, en interview, de la présence du sample « Bizarre hahahaha » sur les échantillons présents et prêts à utiliser sur l’échantillonneur Fairlight (était-il au courant ? recevait-il des royalties ?). Bizarre qu’il n’ait pas remarqué sa présence dans les disques de Prince (touchait-il un pourcentage, même infime, sur les disques où ce sample apparaît ?) Bizarre que ce soit ce « Bizarre hahahaha » puisque, non seulement, l’homme décrit dans le monologue « Our Bizarre Relationship » (infidèle, irascible avec ses employeurs) pourrait être tout aussi bien le jeune Prince que le jeune Zappa, mais également parce que le label Bizarre que Frank va monter à l’époque d’Uncle Meat, dans son désir d’indépendance et avec un caractère quasiment utopique, est très proche de ce que Prince va également mettre en place avec Paisley Park. Il y a quelque chose de « bizarre » et de pas si bizarre dans la façon dont chaque artiste extrême tente son aventure singulière dans un monde « hostile aux rêveurs » comme dirait Zappa. Chaque artiste a l’impression de tout devoir refaire à zéro, mais il s’inscrit dans une chaîne d’aventuriers successifs pour l’existence de cette utopie esthétique et politique. Et ce désir utopique vient souvent de gens très seuls, presque toujours occupés à travailler. Et presque toujours sans amis. 

 

Prince et Zappa se ressemblent beaucoup, que ce soit dans leur obsession de tout faire, de détourner toutes les musiques, de subvertir tous les genres. Que ce soit dans le désir de faire de leurs musiciens de véritables personnages de leur film pour les oreilles. Wendy et Lisa ou Sheila E. ou même Rosie Gaines et Tommy Barbarella ont une fonction similaire à celles de Roy Estrada, Napoleon Murphy Brock, Ike Willis ou Tommy Mars. Que ce soit dans leur désir et leur impossibilité de devenir véritablement les amis de leurs musiciens, parce que la musique passait avant tout. Que ce soit dans leur humour « bizarre », dans leur obsession des pratiques sexuelles, largement documentée dans leurs albums, et dans leur usage « cartoonesque » des samples à partir du moment où ils se mettent à utiliser des échantillonneurs. Ça fait déjà pas mal. 

 

Mais sinon : Que devons-nous faire ?

 

Nous devons ouvrir plusieurs champs d’enquête. Et la première sera sur ce que nous appellerons « la présidence Clinton ». Pas celle de Bill, celle de George. A quel point George Clinton a eu de l’influence sur Prince ? Il en a eu beaucoup, tout le monde est d’accord, mais à quelle profondeur se situe-t-elle ? Que représente George Clinton et Funkadelic/Parliament pour Prince ?



 

Mais aussi à quel point Clinton était et est intéressé-influencé par Zappa ? La chanson « Don’t Eat the Yellow Snow » est évoquée dans les paroles de « Alice in My Fantasies » : « Mama said never eat yellow snow ». Dans le très gros bordel de la pochette de Electric Spanking of War Babies en 1983, on trouve un personnage qui dit : « Sniff ! It’s just like the old days of Frank Zappa… » La phrase fait sans doute référence à l’influence de Cal Shenkel, auteur des couvertures des disques des Mothers, sur le style de Pedro Bell, et ses pochettes très chargées, remplies de petits personnages qui parlent, comme une page de bande dessinée. On entend le riff de « I Am the Slime » en conclusion d’un grand nombre de concerts des années 2000 (par exemple ce concert à Lugano en 2006, dont je mets le lien à disposition). On trouve plusieurs interviews où il cite Zappa en influence. La musique de Zappa est donc présente dans la musique de Clinton et cette dernière est présente dans la musique de Prince. Mais je ne suis pas sûr qu’il existe un historique de ces présences, et même qu’il y ait des interviews approfondis de Clinton sur Zappa, de Prince sur Clinton. Si quelqu’un a une piste, si quelqu’un possède des documents, cela m’intéresse. J’aimerais étudier ça aussi ici. 


https://www.youtube.com/watch?v=ND2jkCvm3jU

 

On peut également citer une phrase attribuée à George Clinton : « Every black musician should listen to Frank Zappa. » Tout musicien noir devrait écouter Frank Zappa. Elle revient souvent, mais l’a-t-il vraiment dit ? Et si oui, dans quel contexte ? Il faut se méfier des phrases attribuées. Par exemple une des plus célèbres (et des plus drôles) attribuées à Zappa n’a jamais été prononcée par lui : « Vous ne pouvez pas comprendre ma musique si vous n’avez jamais mangé du couscous. »

 

Quant à l’influence de Clinton sur Zappa, nous ne sommes pas très avancés non plus. On peut lire ici et là que Zappa a essayé d’engager plusieurs musiciens de Clinton dans son propre groupe : Glenn Goins, Garry Shider et Gary Mudbone Cooper. 

 

Nous devons ouvrir plusieurs champs d’enquête. Et nous pouvons aussi espérer un jour mieux découvrir ce qui pourrait être la source du jumelage Prince/Zappa. 

 

Voilà : ce qu’il nous est permis d’espérer. 

 

J’ai toujours pensé qu’il y avait une passion commune non-avouée de Zappa comme de Prince pour Eddie Hazel. Je trouve « profondément choquant » (oui, moi aussi je parle comme Jean-François Copé) qu’on parle si peu d’Eddie Hazel. Et qu’eux-mêmes en aient si peu, voire pas, parlé. Ce n’est rien enlever au génie d’Hendrix que de dire qu’un des sommets de la mélancolie cosmique a été atteint dans les solos de guitare d’Eddie Hazel pour Funkadelic : « Maggot Brain » et « Good Thoughts, Bad Thoughts ».


https://www.youtube.com/watch?v=JOKn33-q4Ao

 

Il se passe quelque chose d'incroyable dans ces solos. Et je ne peux pas croire qu’ils n’aient pas directement influencé le Zappa de « Watermelon in Easter Hay » et « Outside Now » et le Prince de « Purple Rain ». C’est une intuition de mon ami Michaël Grébil et je pense qu’il a raison. 

 

Voilà où on est. Dans ce premier point d’étape d’une enquête qui risque d’être longue (infinie ?). Et voilà la première note de ce blog qui ressemble à ce que je comptais en faire initialement, soit le « journal d’un exégète ». 




mercredi 5 mai 2021

HERMINE

  


 

Elle n’a jamais fait son âge. Elle ne faisait pas d’âge du tout, comme si elle avait toujours été là. Du coup, on lui donnait dix ou vingt ans de moins, parfois trente. On ne se rendait pas compte. Elle avait des yeux noirs et un regard doux, une démarche enfantine, des manières de gitane et un sourire de grande sagesse. Et puis une poésie naturelle, qui était un mélange de gravité et d’espièglerie, un à-propos philosophique déstabilisant d’impertinence, ou plutôt de pertinence, qui n’appartenait qu’à elle, et qui donnait à son caractère cette extraordinaire constance. Même énervée, elle riait. Même contente, elle nuançaitElle avait la légèreté amusée de ceux qui en ont trop vu, trop entendu, trop vécu. Et elle était capable d’émerveillement à la moindre fleur, au moindre rayon de soleil, au plus petit moineau. Un après-midi avec Hermine Karagheuz n’était pas seulement une dérive, c’était une aventure. 

 

Elle me fascinait avant que je la rencontre. J’ai découvert Hermine Karagheuz quand j’avais vingt ans, dans les films de Jacques Rivette que je revoyais, et revois toujours, en boucle. Dans Out 1, elle joue Marie, une comédienne qui répète Les sept contre Thèbes d’Eschyle. Vers le commencement du film, elle transmet un message mystérieux à Colin, pour l’informer de l’existence de la société secrète des Treize, comme dans Balzac. On la perd vers la fin, elle disparaît toute la dernière heure. Et puis soudain, c’est elle et personne d’autre qui surgit sur le tout dernier plan. Un plan énigmatique où elle regarde vers l’avenir, devant la statue d’Athéna, Porte Dorée. Dans Duelle, elle joue Lucie, une jeune femme légèrement en retrait de Viva et Leni, les filles du soleil et de la lune, qui vampirisent les humains dans leur combat pour la domination du monde. Mais c’est elle qui déjoue leur conspiration et permet le retour du jour et de la nuit. Sur le dernier plan, Hermine Karagheuz empêche la fin du monde. Dans Merry-go-round, elle est le double de Léo, l’héroïne principale de cette étrange narration. On la voit errer comme une étrangère dans un monde étrange. Elle poursuit un homme à travers les bois, court dans des dunes de sable, combat des serpents. C'est très chamanique. Et c’est encore un plan sur elle, assise sur une dune et souriant mystérieusement, qui conclue le film. Enfin, dans Secret Défense, elle entre au débotté dans l’hôpital où on soigne Paul, le frère de Sylvie. Elle engueule affectueusement ces grands enfants qui vont provoquer un drame, un remake de L’Orestie d’Eschyle. On est surpris à chacune de ses apparitions. Et, dès qu’elle sort du cadre, elle nous manque. 

 

Pendant longtemps, je n’ai rien su d’autre d’elle. Internet était encore embryonnaire dans les années 1990 et je n’ai pas de culture théâtrale. Elle était si mystérieuse, si magnétique. Elle semblait littéralement surgir de nulle part, comme une fée, comme un être surnaturel. Alors j’ai écrit sur elle un passage ésotérique dans mon livre sur Nerval, L’homme électrique, publié en 2008 où je la décris apparaissant dans les films de Rivette « comme l’étoile dans le creuset » et « tout se met à tourbillonner autour d’elle ». Je ne savais pas que je la rencontrerais, mais, avant d’en avoir une dans ma vie, elle avait déjà une place très particulière dans mon cœur. Aujourd’hui, je peux dire : Hermine a toujours été là. Il n’y a pas d’avant, pas d’après. Ceux que nous rencontrons et que nous aimons sont toujours déjà là et seront toujours là. Hermine est éternelle. 

 

C’est par Bagheera Poulin qu’elle est apparue dans ma petite vie, en 2011. Après une conversation en terrasse de café avec Bagheera où je lui parlais de mon admiration pour les actrices des films de Rivette : Juliet Berto, Bulle Ogier, Hermine Karagheuz… Soudain, elle m’arrête : « Mais Hermine je la connais ! Je la connais très bien, tu sais. Si tu veux, je te la présente. » Et puis c’est un dîner chez Bagheera quelques jours plus tard, et nous parlons de poésie. Et Hermine raconte son interprétation d’Artaud à Vienne en 2002. Et son zona qui lui apparaît pendant la lecture : le zona d’Artaud ! Bagheera habite Nation, Hermine habite Ledru-Rollin, j’habite Saint-Paul. Je raccompagne Hermine à pieds chez elle et soudain, naturellement, comme si on reprenait une conversation de la veille, on parle de tout ce qui nous passe par la tête : les Freaks, les Gitans, les chats, Nerval, Rilke, l'Arménie… C’est le début d’une amitié. 

 

Une amitié de dix ans qui ne cessa de se nourrir de tout ce que je découvrais à travers elle : elle avait été la compagne de Roger Blin, une première chose que j’ignorais, et elle avait même écrit un livre sur lui. Elle avait aussi été la compagne de Jean Babilée. Elle avait très bien connu Terzieff, Cuny, Beckett. Elle avait joué dans la troupe de Chéreau et photographié Carmelo Bene. Elle avait fait beaucoup de spectacles expérimentaux, des performances musicales avec Ghedalia Tazartès. Elle avait publié des textes dans L’Autre journal de Michel Butel, un journal que j’achetais dans mon adolescence. Elle avait quasiment commencé au théâtre dans la pièce de Wolinski et Confortès, Je ne veux pas mourir idiot en 1969 (c’était sa deuxième pièce), avec les chansons d’Évariste, qu’elle allait chercher tous les jours avant de monter sur scène parce que, plongé dans ses calculs, il perdait la notion du temps. Un dessin de Wolinski la célèbre où elle dit : « Je suis Hermine ». Peu de temps après, elle jouait dans Alice dans les jardins du Luxembourg de Romain Weingarten, avec Michel Bouquet dans le rôle de Humpty Dumpty. Et plusieurs années plus tard, Delfeil de Ton et moi découvrirons avec enthousiasme, dans une exposition de Cabu à la Comédie Française, un dessin la représentant dans la pièce de Weingarten pour la féliciter : « C'est une future grande comédienne, allez la voir aux Mathurins. » Vite, une photo pour Hermine, envoyée en SMS. Notre amitié était pleine de hasards, pleine de souvenirs et de retrouvailles.  

 

Une amitié qui a commencé très vite mais qui a pris sa véritable tournure quand j’ai eu ma « résidence » au Monte-en-l’air en 2013 : Satan Trismégiste. Merci le Monte-en-l’air ! Je voulais inviter à parler ou à « performer » des personnes dont j’étais fou. La première séance, ouverture oblige, je faisais une conférence, avec Olivier Mellano à la guitare. La troisième, ce serait une rencontre avec Delfeil, dont les éditions Wombat rééditaient alors Mon cul sur la commode. Mais la deuxième soirée, c’était une lecture de René Daumal par Hermine. La « pataphysique des fantômes », « A la néante », « Les dernières paroles du poète », « La Guerre Sainte ». Un choc. Je savais qu’elle aimait Daumal, qu’elle voulait le lire en public, mais je n’avais pas idée de ce que sa voix pouvait faire de la parole du poète. Hermine était capable de la faire « prendre », de la faire résonner un peu comme une voix de chanteuse arabe, dans les ivresses des grandes profondeurs. Hermine allait chercher la parole des poètes dans le gouffre de leurs plus profondes angoisses et réussissait à dégeler toute forme d’insensibilité humaine. On en sortait, je peux le dire, brûlé par le feu du poème. On eut l’occasion plus tard de faire des rencontres croisées : moi je faisais des conférences, et elle, elle lisait. Mais peut-on appeler cela lire ? Elle expectorait. Elle démembrait. Elle détachait. Elle poussait et tirait et la parole s’envolait. C’était Le Grand Jeu à Toulouse et à Reims. C’était Nerval à Paris et à Bourges. 

 

Enfin, encore à Bourges, ce fut ce moment magique avec Eyvind Kang et Jessika Kenney, venus des États-Unis pour un concert au Nadir, salle au nom rivettien, en 2014. Ils avaient fait cette composition à partir du poème d’Artaud, Faites le Mal. Ils rencontrèrent Hermine, se baladèrent avec elle dans les rues de Bourges. Puis ils lui demandèrent de monter sur scène, sur un bourdon enivrant dont ils ont seuls le secret, pour lire Artaud. Il fallait voir Hermine, impériale, en ouverture de ce concert qui était beaucoup plus qu’un simple concert. Il fallait la voir et ça tombe bien, on peut la voir. On peut encore la voir, puisque ce moment magique a été filmé par Thomas Bertay et Antoine Moquet. Vous pouvez même le trouver sur Internet. 

 

Comme a été filmée également la dernière apparition d’Hermine en public, au Centre Pompidou, pour une soirée Mauvais Genres présentée par François Angelier en 2018. Mais celle-là par contre ne doit pas se trouver sur Internet. C’était ma première soirée en public depuis la mort de mon père. Je n’en menais pas large. Elle a lu « La vérité sur Sartre », à toute vitesse, comme des slogans : « Sartre est pourri. Sartre est vendu. Sartre est pédé. Sartre n'est même pas pro-chinois. Sartre n'est pas marié. Sartre n'a pas de voiture. Sartre n'écoute pas RTL. Sartre n'a pas pris de vacances l'année dernière. Sartre fait le trottoir à la Madeleine. Sartre s'habille chez Fauchon. Sartre ne porte pas de cravate. Sartre écrit mal. Sartre a mérité le prix nobel. » Etc. Un texte hilarant de Delfeil publié dans Hara-Kiri Hebdo. Elle l'a lu à côté de son auteur. Et à côté de moi, qui, malgré mon deuil, était soudain joyeux, comme à chaque fois que j’étais avec elle. Merci Hermine. Merci d'avoir été, à chaque fois, une bouée contre la tristesse qui menaçait de me noyer. Merci pour avoir toujours eu les mots, le sourire. Et cette grave légèreté qui fait passer les malheurs de la vie. Tu as été… Il n’y a pas de qualificatif. Tu as été, c’est tout. Tu es. Maintenant, pour toujours, tu es. 

 

Pendant une décennie, j’ai vu Hermine presque toutes les semaines. On habitait si près. Elle avait une disponibilité si naturelle, si spontanée. Si je tardais à la contacter, et si c’était déjà la fin de la semaine, elle m’appelait et on se retrouvait dans l’heure. C’était si simple. C’était toujours incroyablement simple. Je traversais la rue Saint-Antoine, passais la Bastille et montais jusqu’au café qui faisait l’angle de sa rue et où était diffusé en boucle The Kid de Chaplin. Chaplin qu’on appelait toujours « notre gitan ». On commençait à bavarder, et on continuait dans un restaurant du quartier. Un italien, un couscous, ou même un resto bo-bo qui venait d’ouvrir et qui fermerait dans les trois mois et où je pouvais trouver un vague truc végé. Puis elle m’accompagnait jusqu’à l’arrêt du 76 pour que je rentre en bus jusque chez moi. Et puis parfois c’était une séance DVD chez moi. Je nous faisais à dîner et on enchaînait avec un film qu’elle avait oublié. Un Rivette souvent. Ou un film où apparaissait un ami à elle qu’elle avait envie de revoir. Et puis je la ramenais à l’arrêt du 76. On commentait les immeubles, on riait en imaginant la vie chez les gens. Tous nos petits rituels.  

 

Elle avait oublié plein de choses, et tout revenait par énormes morceaux, quand ça voulait, quand ça « prenait ». Des pans entiers de vie. Généralement c’était assez tard dans la nuit. Alors elle me parlait de Blin. De « Roger » qui, avant de mourir, lui avait dit : « Je te laisse, je n’ai pas encore fini ma période égyptienne. » Elle me parlait d’Alain Cuny qu’elle avait emmené à Evecquemont pour voir le corps de Blin après son décès. Alain Cuny et Roger Blin qui ne se ressemblaient pas mais que les gens confondaient sans cesse, et dès l’entrée de Cuny dans l’hôpital, ce patient qui s’est jeté sur lui : « Eh ben, Roger, tu m’as fait peur, on m’a dit que t’étais mort ! » Blin qui était toujours doux et Cuny toujours dur, mais qui se respectaient infiniment et qui n’ont jamais joué ensemble. Samuel Beckett et Roger Blin qui pouvaient passer des heures ensemble sans dire un mot, très contents de leur silence. Beckett qui avait fait construire un mur si haut devant son jardin qu’il ne pouvait pas voir le paysage (mais il n’avait pas envie de voir les gens passer, surtout). Beckett qui pouvait partir, toujours sans un mot, quand quelque chose ne lui convenait pas ou simplement quand il avait quelque chose d’autre à faire. 

 

Tout revenait par vagues, par flux de conscience. C’était des souvenirs de Neptune, l’homme des bois, son premier amoureux qui vivait dans une mansarde dans la forêt de Compiègne. C’était des images de Jean Babilée, le danseur extraordinaire qui n’aimait pas marcher : « Marcher lui était odieux. » C’était les répétitions de La Tour de la défense de Copi qu’elle avait suivies de près, parce qu’elle ne quittait pas Bernadette Laffont à cette époque. Et c’était Pierre Clémenti qui était entré dans son rôle « d’un coup », sans chercher : « La grâce ! » C’était Juliet Berto qui s’était plaint auprès d’elle que, Rivette mis à part, aucun des cinéastes avec qui elle avait tourné n’était allé voir les films qu’elle avait réalisé. Et puis tous les souvenirs de son enfance à Issy-les-Moulineaux dans la communauté arménienne. Son père qui ne vivait pas avec eux mais qui marchait de l’autre côté de la rue, sans un mot, le matin, quand elle allait à l’école. Et qu’elle a revu deux ou trois fois dans sa vie d’adulte, dans des circonstances presque irréelles, aux frontières de ce monde et de l’autre. 

 

En 2016, notre amie Fabienne Issartel nous a intégré à son film Chacun cherche son train. Il suffisait de nous fiche quelque part et on commençait à déconner, à parler de tout et de n’importe quoi. Du coup, Fabienne nous ficha dans plusieurs trains, dont le plus ancien train de France. On parlait du temps, de la vitesse et de la lenteur. Dans son documentaire très poétique, Fabienne avait composé des rencontres entre des protagonistes qui étaient souvent ses amis. Un dessinateur discutait avec un géographe ; un musicien avec un jeune cinéaste. Et Hermine et moi on se rencontrait sur plusieurs trains. Comme deux inconnus qui commencent à discuter ensemble sans trop de raison, et ne peuvent plus se quitter, puis n’arrêtent pas de se recroiser ensuite. 

 

Elle avait oublié La mémoire courte d’Eduardo de Gregorio, un film où elle joue la compagne de Rivette. Encore un grand moment, de pouvoir le montrer – et surtout de pouvoir le lui montrer – sur le grand écran de la Cinémathèque française, toujours dans la deuxième moitié des années 2010, avec Véronique Manniez-Rivette avec nous. Et puis cette séance à la Cinémathèque en 2019 où Bertrand Mandico projeta Duelle, et où toute la salle applaudit Hermine après le film. Standing ovation profonde, mythique, interminable. C’était peu de temps avant sa chute, qui précipita ses amnésies, devenant de plus en plus nombreuses, la contraignant à des silences de plus en plus longs. C’était peu de temps avant cette fichue dernière année. 

 

Souvent elle m’appelait Antoine, puis se reprenait. Antoine pour Antoine Mouton, son grand ami écrivain qu’elle avait rencontré à une résidence dans un monastère en 2008. Antoine, elle l’appelait parfois Pacôme, lui. C’était drôle. Je ne le prenais pas mal, et il avait l’air de le prendre bien. Ça nous faisait rire, et ça la faisait rire également. Elle me racontait toutes ses aventures avec Antoine, et je crois qu’elle lui racontait pas mal des nôtres. C’était beau, d’être l’ami d’Hermine. Elle ne perdait pas une miette de nos promenades. Tout devenait matière à exploration, à invention. L’aquarium de la Porte Dorée, la coulée verte, le marché d’Aligre. La place Blanche où elle fit une lecture des Élégies de Duino. Montmartre où Élisa Point nous ouvrit les portes du « petit théâtre du bonheur ». Des réveillons à Barbès chez Thomas Bertay, à Filles du Calvaire chez Aliette et Daniel Guibert. A Ménilmontant chez Pierre Tevanian pour le Noël arménien. Et le Monte-en-l’air d’où on revenait presque systématiquement ensemble par le bus 96 avant que je la dépose à la station du 76 à Saint-Paul. A chaque endroit, elle avait une manière différente de faire flotter la réalité. Je ne peux plus traverser Paris sans avoir des souvenirs d’Hermine un peu partout. Elle a redessiné le paysage. 

 

Parfois Hermine me parlait de ses textes en cours. Mais je devais toujours attendre encore un peu. Elle devait toujours refaire quelque chose avant de me laisser les lire. J’ai attendu si longtemps qu’elle ne m’a finalement rien fait lire du tout. Heureusement, Antoine a tout conservé. Elle a laissé un roman presque achevé, plusieurs pièces de théâtre, des poèmes et un journal intime s’étendant sur plusieurs années dans les années 1980 au moment où elle commence à se passionner pour l’Histoire de l’Arménie et à réfléchir sur le Génocide. Tout ça sera édité un jour. Comme on connaîtra tous ses dessins, toutes ses peintures, ses photographies. Ca viendra plus vite qu’on ne croit. Le temps n’avait pas de prise sur elle. Elle savait qu’elle avait l’éternité de son côté. 

 

« On court pour ne pas mourir » dit Hermine dans le film de Fabienne, Chacun cherche son train. Et je lui réponds : « Oui, mais on mourra quand même : quelle surprise ! » Et Hermine se marre. 

 

Tu as raison, Hermine. Tu as bien raison de te marrer. Tu l’as retrouvée, l’éternité. Pas moi. Pas encore. Pour l’instant, je n’ai que le temps et les souvenirs. Heureusement que tu es souvent dedans, sinon je ne sais pas trop ce que je ferai, maintenant que tu n’es plus là. 





DIMANCHE 9 JANVIER 2021 À L'ARCHIPEL

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