dimanche 28 mars 2021

AMANDINE URRUTY CHEZ MAUVAIS GENRES

 



Amandine Urruty chez Mauvais Genres, ou plutôt l'inverse : Mauvais Genres chez Amandine Urruty, dans son appartement, pour parler de la monographie Amandine Urruty, je veux dire le fantôme publiée aux Editions de l'Eclisse. Avec François Angelier et Antoine Guillot. La rencontre est précédée par l'Encyclopédie pratique des Mauvais Genres de Céline de Chéné, encyclopédie ouverte à la lettre B comme Big Bertha, et suivie d'une série de chroniques de Sixtine Audebert, Antoine Guillot et, bien sûr, Maître Bier. Ce cher Christophe. 

https://www.franceculture.fr/emissions/mauvais-genres/le-gouter-des-spectres-rencontre-avec-amandine-urruty


En plus de participer à la rencontre chez Amandine, je chronique un de mes livres préférés des six derniers mois : Le mont Fuji n'existe pas de Hélène Frappat (Actes Sud). D'ailleurs, je vous donne le texte de la chronique ici même. Histoire de vous encourager, non pas à le lire (vous n'avez pas besoin de moi pour ça) mais à le relire. 




Le mont Fuji n’existe pas est « un bien étrange petit monstre. » C’est un livre que j’ai lu plusieurs fois et que je suis encore incapable de résumer. Et c’est une très grande qualité. 


Il tient de l’autobiographie labyrinthique, du roman polyphonique, de l’art poétique et du recueil de nouvelles. La plupart des chapitres commence par la rencontre de la narratrice avec une personne qui va lui raconter un morceau de sa vie et se déroule presque comme un conte, un récit dans lequel il y a une énigme, des drames, des exils, des éléments laissés en suspens. Chaque chapitre est comme la trajectoire déviée d’un individu qui fait un arc-de-cercle et le permet de déboucher sur quelque chose de complètement autre. 

 

Qui dit labyrinthe dit Minotaure. C’est le personnage principal du premier chapitre : un homme qui a eu beaucoup de pouvoir et qu’il l’a perdu. Et que la narratrice découvre dans sa villa de Marrakech, qu’elle décrit comme une propriété d’aristocrate en miniature. Et cet homme qui a été tout et ne l’est plus, est généralement éteint, sauf quand il se met à parler de son voyage au Japon dont il se plaint que tout soit beaucoup trop petit. Et voilà : on est entré dans les relations mystérieuses que les hommes entretiennent avec les pays, ou avec l’espace. 

 

Et on aura des enquêtes sur l’identité, sur le deuil, sur les prénoms qui passent d’une personne à une autre, et sur ces noms qu’on ne prononce pas et qu’on remplace par une initiale. Les chapitres se répondent entre eux, certains personnages reviennent, certains thèmes se rejouent plusieurs fois : il y a des fantômes, des chats, des voyages au Japon. « Tout ça se chevauche, des lignes parallèles, le même thème diffracté, repris. » 

 

Les différents récits de vie finissent par apparaître comme les morceaux d’un puzzle infini, les allers-retours que fait l’humanité entre la réalité et la fiction, avec une attention particulière à la naissance de l’état amoureux comme au moment où s’impose, pour l’écrivain, un nouveau roman : « la première palpitation, ce frisson avant-coureur. » 

 

Il y a de la musique, en particulier un disque d’Art Pepper. Il y a beaucoup de références à Henry James. Il y a aussi un comptable et ancien chauffeur de taxi new yorkais dont le voisin est Thomas Pynchon. Je ne vous en dis pas plus. Je pense qu’après l’avoir lu une première fois, vous voudrez le relire, et le relire encore une troisième fois. C’est bon signe. Il faut se méfier des livres qu’on ne lit qu’une fois. 


https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/le-mont-fuji-nexiste-pas



4 commentaires:

  1. Bonjour Pacôme, tu donnes vraiment envie de plonger dans ce labyrinthe ...en parlant des références à Henry James, il existe une magnifique édition de son roman "Les ambassadeurs" chez l'éditeur "le bruit du temps" ...superbe...et quitte à glisser avec délice sur les vagues temporelles, une tout aussi splendide édition du Roman de Virginia Woolf "Orlando" toujours chez cet éditeur. Je te souhaite une belle semaine ..des bises

    RépondreSupprimer
  2. Merci Maryvonne. Je ne peux que te recommander ce magnifique petit monstre. J'ai beaucoup lu James mais pas encore Virginia Woolf. Il serait temps !

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour Pacôme,

    Je suis intriguée par cette chronique du livre de Hélène Frappat, que je viens de me procurer pour avoir le plaisir de le lire voire de le relire.

    La considération sur la relecture est d'ailleurs très intéressante. Avoir l'intime conviction qu'on relira le livre qu'on vient de terminer est le critère infaillible pour juger l'effet d'un texte sur soi.
    Des livres nous émeuvent parfois violemment et sincèrement mais ne résistent pas au temps. C'est étrange.
    D'autres nous surprennent, nous sidèrent, nous laissent songeurs, et le mouvement qu'ils suscitent en nous ne s'émoussent pas en dépit du temps.

    Pendant longtemps je pensais que cet effet tenait aux différents niveaux de lecture contenus dans le livre. Aujourd'hui je n'en suis même plus sûre. Peut-être que tout cela tient simplement à la force du propos qui s'y déploie et à la résonance qu'elle trouve en nous.

    Le dernier en date à m'avoir fait cet effet est Carpates, de Janet Frame, où captivée par une légende maorie sur la fleur du souvenir, l'héroïne du livre se retrouve confrontée à des phénomènes étranges touchant le langage, la mémoire et le réel.

    A bientôt.

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour Pacôme,
    J'ai lu quelques livres de James , "le regard aux aguets, les papiers d'Aspen..et vous me donné envie de lire le livre d'Hélène Frappat.

    RépondreSupprimer

PRINCE DES FÊTES BRÛLANTES ET DES AUBES FROIDES

« La musique de Prince parle d’un monde où le sexe et la spiritualité seraient unis, un monde où le sexe et la spiritualité ne feraient qu&#...