lundi 2 novembre 2020

JEAN CARTERET NOUS PARLE



 

« Aujourd’hui la plupart des gens qui s’intéressent à la gnose sont réactionnaires : c’est une privatisation, c’est un échec. Il est nécessaire d’être révolutionnaire : ça ne veut pas dire être militant – on peut être militant – mais il faut être révolutionnaire. Être révolutionnaire, c’est être conscient du courant du fleuve qui va de la source à l’embouchure. 


« C’est la révolution collective qui entraîne les révolutions personnelles : d’où la nécessité d’être solidaires des hommes, de l’humanité et du monde, pour transformer la société. Et vous trouvez peu de gens préoccupés de la tradition qui soient révolutionnaires : comme par hasard, ils sont à droite. Ils sont appauvris. Ils n’ont plus d’ouverture. La révolution, c’est être « avec » ou « sans » mais pas « pour » ou « contre ». Le vrai révolutionnaire n’a pas pour ennemi le capitalisme, ni le capitaliste : le capitaliste est un être qui est bloqué, qui est aliéné : donc on ne peut pas être contre lui. 

 

« L’amour n’a pas de religion : les religions l’aliènent ; mais l’amour va avec la mystique : ainsi les soufis qui débordent la religion musulmane pour une excellence mystique ; les chrétiens sont en principe des êtres d’amour : mais ils souvent aliénés par le catholicisme – qui vole bas et qui est une caricature de l’amour.

 

« Si j’avais le sens concret je serais membre du Parti Communiste, en considérant que ça passe par là, que ce n’est pas le but, mais que ça passe par là. Mais je n’ai pas le sens concret révolutionnaire. Quand je parle de la révolution, je dis des conneries. Je n’ai pas le sens concret de la révolution, mais j’ai le sens de son devenir, de sa présence. Pour moi, Marx représente « quelque chose » et pas « quelqu’un » et Marx a eu une vision – une vision qui débouche, qui éveille : le marxisme pour moi est un éveilleur – ce n’est pas un enseignant, c’est un éveilleur. Le marxisme est une étape ; il n’est pas le but, mais il est une étape – une étape nécessaire. Ce qui compte, c’est de partir de la base. Auparavant, avec cinq sages, on pouvait diriger une ville. Maintenant, ce n’est plus possible : il faut que ça parte de la base. Il y a des étapes par lesquelles on doit passer, sur lesquelles les gens se battent, qui sont des étapes locales – des étapes locales d’un chemin global. 

 

« On peut mesurer à la façon dont l’homme se comporte avec la femme, de sa situation révolutionnaire d’ailleurs. Marx a écrit que la façon dont un homme contre-révolutionnaire a des rapports avec la femme montre la situation révolutionnaire de la femme : s’il considère la femme comme inférieure, il n’est pas révolutionnaire – malgré son appartenance à un parti politique. Il est persécuté, il n’est pas révolutionnaire. Il se révolte, il n’est pas révolutionnaire. On arrivera à un jour où il y aura autant de femmes que d’hommes à l’Assemblée Nationale. » 


 


Jean Carteret, Des dialogues et du Verbe (1978)

6 commentaires:

  1. Un mec qui a fait publier ses livres en tire toujours un petit bas de laine en capital symbolique. Et s’il travaille à coté ça aide aussi à faire fructifier son petit business. Alors, dans cette affaire, il est très possible que je touche à coté avec l’histoire des livres de ce gars et de son travail, par contre, une chose est sûr, c’est qu’il sent le capital symbolique à plein nez et que surtout ça lui a servi à faire bouillir sa marmite. Qu’il en ait hérité ou qu’il l’ait acquis au mérite, on s’en fout. Donc, dans une logique avec ou sans capitalisme ce gars-là est clairement à prendre avec. Et il a raison de dire que le problème n’est pas d’être pour ou contre. Ce qui lui permet au passage d’éviter de se voir attribuer le statut de brochette en puissance. Et c’est pour ça, aussi, qu’il serait mieux pour moi, dans mon intérêt, de ne pas lire ce que je vous envoie aujourd’hui et la suite que je vous enverrai plus tard comme quelque chose qui irait contre ce que ce gus a écrit mais comme un texte qui se place qualitativement en tension avec lui. D’une certaine manière le fond de ce que je vous écrirai plus tard restera le même que celui des extrait de textes de ce mec, à la différence près que j’en changerai le style. De ces extraits, d’une facture assez classique, j’en ferai quelque chose qui s’inscrit dans une perspective similaire à celle que les premiers joueurs et joueuses de blues avaient adoptée à leur époque pour raconter leur histoire. J’y insèrerai quelque chose comme des blues notes. Blues notes. Les blacks les avaient intégrées à leurs complaintes pour faire chier les blancs. Pour être sûr que là, au moins, ils ne viendraient pas les emmerder.
    Au passage, c’est pour ça que j’adore le blues. Non pas que je le comprenne. Ni aujourd’hui. Ni demain. Mais parce que derrière la douleur exprimée par leur chant, il y a toujours ce petit sourire mis en musique, d’une finesse extrême, qu’ils se font à eux même et qui dit : « Regardez comme on leur a bien baisés la gueule ».
    Ainsi, en partant de trois accords du folklore blanc, le blues est une magnifique illustration de ce que c’est que faire avec. En s’appropriant les blues notes et par là se rendant « pas écoutable » par les blancs, le blues est aussi une illustration parfaite de ce que c’est que faire sans.

    A suivre,

    Stéphane.

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    1. Salut Stéphane. Merci pour ton message. Juste au cas où : est-ce que tu penses à Jean Carteret quand tu écris "un mec qui a fait publier ses livres" ? Parce que, pour le coup, il n'a rien fait publier du tout. Ce sont des propos enregistrés, recopiés, mis en forme avant ou après sa mort. Carteret parlait. Je recueille tout ce que je peux trouver sur cet être unique, habité par une "voix" prophétique et traversé par les Tarots, l'astrologie, la dialectique. Il a traversé l'époque du Grand Jeu et d'Artaud pour arriver à l'aube des années 1980 mais ce qu'on connaît de lui date surtout des années 1960 et 1970. Il vivait exclusivement la nuit, vivait de peu et s'habillait pauvrement. Sur tout sujet, il parlait ou plutôt il laissait parler "quelque chose", la voix, l'immémorial, ce qui doit advenir.

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    2. Salut,
      Carteret, dans l’un des extraits que tu publies, convoque la base ainsi que les sages. C’est la putain de pyramide. Et la pyramide, c’est pas anodin. Elle peut être utile mais il faut savoir, aussi, qu’il y a une grosse saloperie qui l’accompagne. C’est cette saloperie qui m’a sauté à la gueule. Saloperie qui n’est pas le communisme. J’en ai rien à foutre du communisme. Qui n’est pas la droite non plus -que j’emmerde au passage. Par contre tu dis qu’il laisse parler « quelque chose ». Et bien ce « quelque chose » est venu taper direct dans mes dents. C’est donc ce « quelque chose» à qui je m’adresse. Même si, comme à l’aller, au retour, ça prend la figure de Carteret. Pour moi les gilets jaunes c’est pareil. C’est la base qui ne veut plus être la base. C’est des gents qui foutent un grand coup de pied au cul à la base, aux sages et à la pyramide. Encore désolé pour le pauvre Carteret qui se trouvait au milieu. Pauvre médium. En tous cas : Paix à son âme.
      A+,
      Stéphane.

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    3. Et pour la rétablir : Ici : De l’âme-Jean. Très sincèrement. De toutes mes forces.


      A la lumière d'un songe, Jean se différencie. Il fait trois. Les sommets d'un triangle. L’écrin du miroir. La pointe sourde. Une fibre distraite. Et il se délie.
      Il y eut la voie des bords. Attachée. Sous le souffle du néant.
      Puis le même chemin. Voir une onde tendue, dénouée de bout en bout. Devenue : Un hiatus. La règle de l’esprit. Le centre qui s’invite. Le point dansé.


      Stéphane.

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  2. Cher Pacôme,
    Des liens qui peuvent peut-être t'intéresser : https://p1.storage.canalblog.com/20/67/266698/12742269.jpg
    Et :
    http://blockhaus.editions.free.fr/Archive1.htm
    Amitiés,
    Vincent

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    1. Merci beaucoup Vincent. En effet ! Tout ce qui concerne Carteret m'intéresse.

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