vendredi 30 octobre 2020

ANTIRESEAUSOCIAL TU PERDS TON SANG-FROID

  




C’est une vieille histoire. Vous l’avez entendue vingt fois. C’est le récit de la découverte d’un nouveau monde. Des hommes en exil, jadis citoyens d’un pays libre mais ayant basculé dans la dictature, ont pris le bateau pour échapper au bagne ou à la mort. A la suite d’une déviation ou d’une grande tempête, ils débarquent sur une île et découvrent une terre sauvage, un nouveau lieu dans lequel ils pourront vivre, vivre enfin, selon des règles démocratiques, ayant en vue l’intérêt général ou le bien commun. Mais les îles ne sont jamais désertes (je pense que vous connaissez déjà ce twist), les terres ne sont jamais vierges (il marche à tous les coups, ce twist). En outre, quand bien même les terres seraient vraiment vierges quand les hommes y arrivent (ce qui n’arrive jamais), quand bien même l’île serait authentiquement désert quand ils débarquent sur celle-ci (faisons comme si, si vous le voulez bien, au moins le temps de notre démonstration) : vierges, les hommes ne le sont pas, eux. Ils ont voyagé avec eux-mêmes et ils ont emporté leur passé avec eux. Et l’île est immédiatement peuplée par le continent qui s’est déplacé avec les hommes. Eh oui. Je vous avais dit, que vous connaissiez déjà le twist. 

 

Les hommes arrivent dans leur nouveau monde avec leur mémoire, leurs habitudes, leurs blessures, leurs névroses. Ils veulent créer une société idéale, une utopie anarchiste, une démocratie réelle, mais ils agissent encore comme leurs papas et leurs mamans. Ils ont abandonné la religion de leurs pères, mais ils continuent à penser avec leurs catégories. Ils ont une idéologie de gauche mais ils réagissent comme des hommes de droite. Ils détestent les fachos, mais ils les combattent avec une violence de facho. C’est une vieille, vieille histoire. Vous l’avez entendue vingt fois. Trente, peut-être. C’est aussi l’histoire des réseaux sociaux. Les hommes ont abandonné des médias corrompus qui pratiquaient un traitement de l’information s’apparentant à de l’abêtissement généralisé. Ils ont laissé sur le continent médiatique les chroniqueurs, toutologues, intellectuels au rabais, philosophes à vendre, et ils arrivent sur la terre vierge, l’île libre, l’utopie pirate du réseau social (vierge, libre, pirate, le réseau social ne l’est jamais, mais on a déjà évoqué ce twist, et du reste ce n’est pas à partir de lui qu’on parlera aujourd’hui). Les exilés et les réfugiés de la bêtise médiatique et politique décident de recréer du lien social et de la pensée critique hors de toute hiérarchie de l’information, dans l’utopie sauvage de voir le collectif s’emparer de ce qui le concerne, avec le but d’exercer leur puissance d’agir, de penser, de parler… Et, au bout de quelques années, ils finissent par ressembler aux hommes du monde qu’ils ont quitté. Donneurs de leçons et trolls se tirent la bourre, caricatures d’artistes et pseudo-penseurs jouent des coudes pour arriver en première ligne. Et même les meilleurs des hommes finissent par agir de la pire façon, c’est-à-dire débattre comme des chroniqueurs, jouer au jeu de vouloir avoir toujours raison, mettre les rieurs de leur côté, ou les « intelligents » dans leur camp, etc. Le projet utopique a échoué, une fois de plus. 

 

Je sais ce qu’on va reprocher à cette image. Je me la reproche déjà moi-même. Elle confond le devenir-révolutionnaire et l’avenir de la révolution. Elle juge les choses par leur fin, au lieu de les prendre par le milieu. Elle analyse a posteriori quelque chose qui n’a de sens que d’être expérimenté en direct. En gros, elle tombe dans tous les pièges intellectuels, les « idéalismes » philosophiques, dont Gilles Deleuze nous a bien parlé, nous a bien dit de nous méfier. Et c’est normal. Comme disait l’autre : le siècle est deleuzien. 

 

Le siècle est deleuzien. Le fait qu’on ne parle presque plus de Gilles Deleuze aujourd’hui alors qu’on en avait parlé beaucoup très peu de temps avant l’avènement des réseaux sociaux (fin des années 1990, début des années 2000), devrait nous indiquer que nous sommes dans un espace qui a été ouvert par une métaphysique dont Deleuze était le Voyant. Ce qui fait que ses livres sont plus que jamais opérants pour comprendre ce qui s’y jouait, s’y joue, s’y jouera. 

 

Lignes de fuite, déterritorialisation, flux, codes et décodages, délires géographiques, désirs géopolitiques, rhizomes, devenirs-animaux, devenirs-sorciers, corps sans organes : placés sous le signe d’une horizontalité apparente, Facebook et les réseaux sociaux fonctionnent selon une logique apparente de « capitalisme schizo » qui recoupe la quasi-totalité des thèmes des deux chefs d’œuvre de Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux. Deleuze et Guattari sont mille fois plus clairs et percutants pour comprendre le processus des réseaux sociaux que n’importe quel guide d’utilisation ou « Que sais-je ? » sur l’internavigation schizoïde et ses désirs révolutionnaires. Ils nous permettent de mettre des mots et des concepts sur ce que nous y avons vécu et expérimenté. Ils permettent également d’en cerner les contours et d’en percevoir les limites. 

 

Ce que j’ai toujours trouvé de plus passionnant sur Facebook, c’est le montage qui s’opérait dans la succession des posts ou des interventions de plusieurs utilisateurs différents : un commentaire personnel, puis un Gif animé de Travolta confus, puis une chanson de Bob Dylan, puis un amoureux qui pleure le fait que sa bien-aimée l’ait quitté, puis des chatons, puis un article sur Erdogan, puis un poème de e.e. cummings, puis les photos du bébé de la tante de machin, puis une colère contre Manuel Valls, puis deux photos magnifiques de Gene Tierney ou de Romy Schneider, puis une affiche de film, puis un clash de TV, puis le cul d’une vache. Ce qui était proprement génial, c’est que ça fonctionnait comme un scrapbook, un collage, un zapping ou un court-circuit cérébral. 

 

C’est-à-dire que c’est une opération de pensée : quelque chose qui appartient à tout le monde et personne à la fois. Une pure singularité impersonnelle. Un événement. Facebook nous a permis de penser. Facebook a réinventé notre manière de penser et d’agencer mots et images, idées et musiques. Facebook nous a fait réévaluer notre manière de voir. Et c’est probablement le plus beau compliment qu’on puisse faire à cette drôle de machine. 

 

Hélas, bien vite, le caractère génial du montage perpétuel s’est trouvé littéralement noyé sous l’accumulation des commentaires. En quelques années, la fête psychédélique s’est transformée en colloque, avec clowns et combats de coqs. Et on a pu voir à l’œuvre cette passion trop humaine d’ajouter son mot à un exposé glaçant, ou de transformer une fulgurance en débat d’idées. Impossible de lire un aphorisme magique, une proposition paradoxale ou une provocation énigmatique, sans voir ensuite défiler la ribambelle d’appréciations qui s’y trouvent automatiquement associés : « Mouais », « Pas d’accord », « Ça se discute », etc. Impossible de voir une image sans retrouver ensuite le spécialiste qui nous explique ce qu’on n’avait pas compris, suivi du clown qui y ajoute son gif vu et revu, ou du troll qui insulte l’auteur. C’est cette vieille manie de tout transformer toujours en débat. Tout noyer sans cesse dans l’empoigne éternelle entre les pour et les contre, opposant chacun leur subjectivité, leur argumentaire, leur culture, leur aplomb. Tristesse d’un monde où tout spectateur de film est déjà un critique de cinéma ; obscénité d’une société où tout lecteur d’articles de journaux se transforme en expert scientifique ou géopolitique. Jadis festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient, le monde virtuel n’est plus alors qu’une partouze d’intellectuels. 

 

Et c’est là où Deleuze revient, à l’envers, comme le Roi déchu du Royaume schizo-analytique qu’il avait conquis avec Guattari. Si L’Anti-Œdipe ou Mille Plateaux ont annoncé le meilleur de Facebook (les lignes de fuite, les agencements, les désirs révolutionnaires), c’est plutôt le Deleuze des entretiens ou des pourparlers qui en a prophétisé les fins malheureuses. C’est le Deleuze sombre et pessimiste, face aux Deleuze et Guattari solaires de la révolution schizo et machinique. Deleuze et sa détestation des colloques, des commentaires, des objections, du bavardage intellectuel. Deleuze et sa profonde méfiance quant à la façon dont les livres pourraient ne plus exister que pour l’article qu’on écrira sur eux. Si bien, prophétisait-il, qu’il n’y aura même plus besoin de lire l’article, mais l’appréciation « A lire ! », pour le juger : ce qui fait qu’on peut même se passer de lire, puisque le but est simplement d’en parler. Deleuze et Claire Parnet qui écrivent dans leurs Dialogues (et c’est Claire Parnet qui parle, ou plutôt écrit) :

 

« Les rapports de force changeaient tout à fait entre presse et livre ; et les écrivains ou les intellectuels passaient au service des journalistes, ou bien se faisaient leurs propres journalistes, journalistes d’eux-mêmes. Ils devenaient les domestiques des interviewers, des débatteurs, des présentateurs : journalisation de l’écrivain, exercices de clowns que les radios et les télés font subir à l’écrivain consentant. D’où la possibilité du marketing qui remplace aujourd’hui les écoles vieille manière. Si bien que le problème consiste à réinventer non seulement pour l’écriture, mais aussi pour le cinéma, la radio, la télé, et même pour le journalisme, les fonctions créatrices ou productrices libérées de cette fonction-auteur toujours renaissante (…) Il pourrait y avoir une charte des intellectuels, des écrivains et des artistes, où ceux-ci diraient leur refus d’une domestication par les journaux, radios, télés, quitte à former des groupes de production et à imposer des connexions entre les fonctions créatrices et les fonctions muettes de ceux qui n’ont pas le moyen ni le droit de parler. Il ne s’agit surtout pas de parler pour les malheureux, de parler au nom des victimes, des suppliciés et opprimés, mais de faire une ligne vivante, une ligne brisée. L’avantage serait au moins, dans le monde intellectuel si petit qu’il soit, de séparer ceux qui se veulent « auteurs », école ou marketing, plaçant leurs films narcissiques, leurs interviews, leurs émissions et leurs états d’âme, la honte actuelle, et ceux qui rêvent d’autre chose, ça se fait tout seul. Les deux dangers, c’est l’intellectuel comme maître ou disciple, ou bien l’intellectuel comme cadre, cadre moyen et supérieur. » 

 

N’est-ce pas ce qui a eu lieu, à un niveau macroscopique absolument inouï, si grand qu’on se trouve presque incapable de le voir et de le mesurer ? Dans le sens où les médias mais aussi les réseaux sociaux sont désormais saturés de polémiques sur des livres qu’on ne lira jamais, à propos de gens qui nous sont absolument détestables, mais qu’on aime ne pas aimer à tel point qu’on préfère parler d’eux, encore et encore, plutôt que d’aimer ce qu’on aime. Les réseaux sociaux, au lieu de boycotter les polémiques des médias traditionnels, s’en sont fait les relais, et, sous prétexte de démocratiser l’accès à la parole sur ceux-ci, ont simultanément étendu l’emprise de leur nuisance. Il y a désormais le bavardage des chroniqueurs et le bavardage des internautes. Il y a l’avis des experts médiatiques et l’avis des experts internautiques. Il y a le débat du plateau TV et le débat du post Facebook. Il y a le sketch débile du comique TV et la saloperie du troll Facebook. On étouffe. On n’en sort pas. D’où aussi l’idée que les réseaux sociaux ne sont pas un endroit réformable, ou améliorable, mais un terrain miné, parce que le pire de l’homme y est nécessairement encouragé et intensifié. Ce que les réseaux sociaux nous ont apporté de meilleur, nous pourrons en faire quelque chose. Nous le faisons déjà. Mais ce qu’ils ne cessent de promouvoir, nous ne pouvons continuer à le laisser s’exercer sur nous sans nous en faire les complices, les hérauts, les promoteurs. 

 

C’est du point de vue de l’avenir que nous devons les abandonner. C’est dans la perspective de nos devenirs, pas dans le regret d’un monde d’avant. C’est en vue de débarquer dans la terre vierge, sur l’île déserte de la réalité à étreindre que nous devons regarder cette machine de décodages et de surcodages comme un trace résiduelle du vieux monde, une vieille énormité crevée. Nous ne sommes pas aux réseaux sociaux : la vie est ailleurs. 

 

jeudi 29 octobre 2020

HUIT HEURES ET QUARANTE-SEPT MINUTES AVANT LE RECONFINEMENT

  


 

 

 

 

Combien de fois par vie devras-tu retomber

Combien de fois par vie 

Devras-tu payer ton tribut aux enfants de la nuit

La dime du Sans Roi au Roi des Cons

Combien de fois combien de nuits

Devrais-tu encore passer par le creuset de l’existence

Le fond des enfers n’a pas été atteint 

Parce qu’il n’y a pas de fond

C’est juste un trou au milieu de l’univers

Tout y coule comme de la merde des excréments

Je croyais que tu étais déjà au courant

 

Alors tombe tombe retombe

Patience ton équarrissage est sûr

On te découpera en tranches comme un porc

Et même tes frères y trouveront leur compte

La tristesse ne s’arrêtera jamais

Et quand bien même elle s’arrêterait

Ce sera pour mieux revenir encore

Il n’y a pas d’autre vie que celle-là

Encore et encore

Je croyais que tu le savais déjà

 

Nigredo et gaz à tous les étages

On t’a dit que la vie est un passage

Un voyage que tu dois faire sans bagage

Emporte avec toi un peu de poudre d’or

C’est pour faire passer le dégoût de la suie

C’est pour atténuer le goût du produit

Et surtout le pire le faux amour

Ce qui se donne toujours 

Comme l’expression d’un sentiment

Mais qui n’est que le masque d’une pulsion égoïste

Dont tu n’es que le dildo du moment

Il y a de la demande d’amour mais c’est tout

Et cette demande ne va jamais sans justification

En vrai il n’y a pas d’amour du tout

Je croyais que tu en savais déjà un bout

 

Ne fais pas ton écœuré

Ouvre la bouche et ferme les yeux

Tu y trouveras toujours une compensation

Ton narcissisme y rencontrera son réconfort

L’éthique est un luxe qu’on se donne

Le monde ne marche pas comme ça

C’est quand on est égoïste que l’on reçoit

Les gestes altruistes ont toujours un prix

Lorsqu’on veut s’améliorer

C’est là qu’on va encore devoir en baver

L’éthique est un truc qui ne se fait pas

Je croyais que tu savais tout ça

 

Alors relève-toi relève-toi bon sang

Mords le mors du cheval avec tes dents

Fais le cheval fou le cheval moteur

Et cesse un peu de laisser ton corps avoir peur

Marche dans le souterrain des enfants de la nuit

Marche longtemps car tu n’es pas d’ici

Il n’y a pas de mort parce que tu la vis déjà

Et je t’en prie 

Ne fais pas

Comme si tu ne le savais pas

JE SUIS ALLE SI LOIN POUR LA BEAUTE

 



Je suis allé si loin pour la Beauté

J’ai laissé tant de choses derrière moi

Ma patience et ma famille

Mon chef d’œuvre abandonné, non-signé


Je pensais que je serai récompensé

Pour le choix d'une si haute solitude

Et sûrement elle répondrait

A une voix aussi désespérée


J’ai pratiqué la sainteté

J’ai donné à chacun comme à tous

Mais les rumeurs évoquant ma vertu

Ne l’émurent pas du tout


Je pris un style vif argent

Je m’habillai en noir

Et où autrefois je me serais rendu

Désormais j’attaquai


Je ne fis qu’une bouchée du vieux casino

Pour l'argent et pour la chair

Et désormais c’était moi qui décidait

Ce qui était pourri et ce qui était sain


Avec des hommes pour exécuter mes ordres

Et des os brisés pour leur apprendre

La valeur de mon pardon

Et l’ombre de mon pouvoir


Mais non, je ne réussis pas à l’atteindre

Avec une main si lourde

Son étoile échappait à mon ordre

Sa nudité restait hors d'atteinte


Je suis allé si loin pour la Beauté

J’ai laissé tant de choses derrière moi

Ma patience et ma famille

Mon chef d’œuvre abandonné, non-signé

 


Leonard Cohen, Came So Far For Beauty

SERPENT TROIS FOIS

  

 


 

 

Serpent serpent serpent

Dans la cour de limmeuble il y a ce berger à visage de bélier

Il est droit dans ses bottes avec sa baguette denchanteur spiralée

Il te dit quon tappelait Le Pèlerin dans le dernier de tes mondes passés

Et les cartes de lErmite et du Mat continuent de les évoquer

Il te regarde avec ce sourire sérieux qui veut dire

Les ermites se reconnaissent entre eux

La révolution passera par eux

Lavenir est aux solitaires

Cest un rêve qui prendra vie lorsque les solitaires seront unis

Et dans limmeuble les oiseaux volent de tous côtés

Les oiseaux de l’île de lautre monde

Les oiseaux de l’île de lautre côté de la Montagne de Qâf

Dans des images comme des papiers découpés

Comme ceux de chez Fabianna Les Petits Oiseaux

Avant que tout ait commencé

Et le tambour commence déjà à résonner

Serpent serpent serpent

Je vous aime mais je dois y aller

 

Dans lappartement de ton enfance 

Dans Paris quinzième sobre et impavide

Dans lappartement de ton enfance il y a cette panthère noire 

Et cette jungle et derrière il y a le vide

Tu fais tapisserie dans le papier peint danniversaire 

Mais cest la jungle déjà la jungle scolaire

Une vraie jungle au milieu de vieilles photos découpées 

Et des œuvres dart épistolaire

Tu avances tu es si petit tu avances sur le dos de la panthère

Tu taccroches mais elle te laisse tomber 

Dans le plus lourd que lair

Dans le vide tu tombes il ny a rien 

Sur quoi tu pourrais te raccrocher

Dans ce cordon organique de la chair et du vide enflammé

Et cest parti pour le dessin animé

Serpent serpent serpent

Je vous aime mais je dois y aller

 

Tu voles sur les toits tu sautes de toit en toit 

Jusqu’à la cheminée en feu

Et de nouveau tu te laisses tomber dans un des vides de Dieu

Et l’œil de lhomme-oiseau te regarde

L’œil de Ra loiseau violet loiseau prends garde

Un œil comme un œil doiseau gigantesque

Un œil comme un œil d’âme

Et cette armée dhommes en jaune et de femmes

Et tu cries avec eux

Tu es lun dentre eux

Vous êtes les indiens de la fin du monde

Vous êtes les primitifs de cette fin circulaire immonde

Les premiers hommes à marcher sur la planète malade

La révolution passera par les aliénés dans leur promenade

Tous les présidents Schreber

Tous les hommes en balade

Lavenir est aux solitaires

 

Tiens-toi bien au fil dargent hermétique tu vas encore tomber

Il y a ce jeune sorcier éthiopien 

Le corps entièrement peint en violet

Cest ton maître

Il possède les clés de lavenir de ton être

Ton énergie est à moitié en dehors de ton corps

Tu ferais bien de mieux tancrer

Il y a un fennec cest ton animal

Le petit fennec qui avance dans le désert 

Et dans les salles glam rock de bal

Et qui te dit il est temps que tu comprennes qui tu es

Même si cela ne te plaît pas

Même si tu nen veux pas

Tu nas pas dautre choix que de ty plier

Quitte à tout laisser derrière toi

Quitte à tout oublier

 

Dans lappartement de jeunesse il y a cette petite fille dans un lit

Elle est brune cest ton amour pré-adamique 

Qui mange des pâtisseries

Puis il y a cet atelier de menuiserie 

 tu fabriques des cercueils et des croix

Avec Jésus qui est une pure énergie cest le dieu des Sans Roi

Il ne ressemble pas à celui des peintures du passé

Et tu es en rage contre la façon dont on la représenté

Sur la croix que tu tailles il y a un corps mort 

dont la tête se transforme en serpent 

Tu as un serpent dans ton ventre

Tu parles et ta parole est serpent

Quitte à tout laisser derrière toi

Quitte à tout oublier

Serpent serpent serpent

Je vous aime mais je dois y aller

 

Tu es dans le labyrinthe taillé dans les buis

Avec toutes ces statues et toutes les images de linquiétude

Statues de sphinges dans la jouissance ou la béatitude

Il y a les images de ton amour-vertige 

Qui apparaissent parfois comme des énigmes

Et ces souterrains dans les garages parisiens 

 résident les restes des anciens cultes

Chut tu ne peux pas en parler

Pas encore

Pas encore mais déjà

Tu dois y passer

Mais tu ne peux pas rester

Serpent serpent serpent

Je te dis

Je te dis que tu dois y aller

 

Et pour tes amours anciennes 

Prends quatre roses rouges parfumées

Dors quatre nuits en sentant leur parfum 

Avec les épines sous ton oreiller

Puis enterre les épines 

Et fais-toi un bain de ces pétales sucrés


 

lundi 26 octobre 2020

DECOUVERTE DE L'ESPACE



Neuf ans après, je découvre ce trio sublime de reprises de chansons avec Caroline dans le titre, enregistrés par le groupe L'Espace. Je vais les écouter 2011 fois chacune. 

N'attendez pas neuf ans de plus pour les écouter 2020 fois. 

https://lespace.bandcamp.com/releases

HERMINE KARAGHEUZ LIT DAUMAL



Hermine Karagheuz lit René Daumal au Monte-en-l'air en 2013. 

La vidéo ici :

https://vimeo.com/62056967


UNE MYSTIQUE DE L'ESPRIT CRITIQUE

Réponses à des questions de Hannah Attar sur Philip K. Dick pour Philosophie Magazine, octobre 2020






L’oeuvre de Philip K. Dick est prolifique, et témoigne de nombreuses obsessions existentielles. Quel est le rapport de Dick à la philosophie ? 

 

Philip K. Dick est un grand lecteur des auteurs classiques, philosophes et romanciers, mais il est également imprégnéde la culture de la science-fiction. Il s’est donc intéressé de près à de nombreux systèmes philosophiques, mais toujours de manière très libre, voire aventureuse. Son oeuvre répond d’abord d’une urgence existentielle : donner du sens à un monde qui semble lui échapper en permanence. Sa matière philosophique première est le réel. Il a eu cette phrase célèbre : « le réel c’est ce qui continue d’exister lorsqu’on cesse d’y croire ». S’il s’est essayé au réalisme, dans un style proche de Tolstoi ou de Maupassant, c’est dans la science fiction que s’est épanoui son rapport au monde, un monde conçu en point d’interrogation. Dick met en scène des personnages réalistes, des hommes du quotidien avec une psychologie cabossée, en proie à la mélancolie et au sentiment d’échec, plongés dans un monde bizarre, dont les règles échappent. Pour lui, la réalité que nous expérimentions est une création collective sans cesse modifiée. Il veut lutter le solipsisme, qui lui donne l’impression d’être enfermé dans un monde illusoire crée par sa propre subjectivité, ou par une inter-subjectivité tout aussi illusoire. L’idée selon laquelle le monde est en éternelle reconstruction a eu une grande influence dans les oeuvres de science-fiction qui lui ont succédé. En ce sens, il anticipe des questionnements qui se sont posés par la suite face à la virtualité et la cybernétique. C’est une saveur propre à la lecture de Dick que de se retrouver dans un univers où les règles changent sans cesse, et où l’on se joue des perspectives. 

 

D’où lui vient cette obsession pour l’exploration des réels ? 

 

Dick est profondément à gauche, il se décrit d’ailleurs comme un écrivain marxiste. Il est avant tout anti-gouvernement, tant à une échelle politique que cosmique. Il a une vision du pouvoir comme malédiction, ce qui s’étend à un niveau métaphysique : si’l existe un Dieu unique, alors il est malfaisant. Pour Dick, toute pensée, dès lors qu’elle atteint le stade de système, devient un piège. Même la pensée anti-système, si elle s’érige en système, nous empêchera par nature de comprendre le monde. L’expérience de la réalité est pour lui intrinsèquement fragmentaire : chaque chose contient un mélange de divin et non divin, de lumineux et non lumineux. Il est en ce sens très proche de la pensée gnostique. La publication il y a quelques années d’un premier extrait de l’Exégèse, constitué de notes qu’il a rédigées à la fin de sa vie, nous a amené à pénétrer intimement son univers intellectuel et spirituel. Il tente d’y décrire le monde tel qu’il lui a été révélé, par son imagination et par des expériences mystiques. Il reprend l’image d’une attraction de Disneyland, « Voyage de crapaud pour nulle part en particulier », dans laquelle le passager traverse différents univers en barque. Il y voit une allégorie de la quête spirituelle : l’homme traverse les systèmes de pensée de manière cyclique, se fraye un passage dans le labyrinthe de sens. La parole divine est par essence incomplète, et l’homme visionnaire est nécessairement à la fois un philosophe et un exégète du monde. Il doit traverser la totalité de ce qui a été donné, et apporter sa vision, qui temporairement, permettra de comprendre le monde et le transformer. Le visionnaire est du côté des forces d’émancipation, mais si elle est collectivement pensée comme système, elle devient nocive et doit à nouveau être brisée. C’est une vision du monde compliquée, mais qui n’est pas sans espoir !

 

Quelle est la pertinence de publier ces nouvelles en 2020 ? 

 

Le monde dans lequel on vit donne raison à son intuition première selon laquelle le monde est incohérent. Un des phénomènes les plus parlants du dernier siècle est l’approfondissement des micro-différences entre individus, les idiosyncrasies. Le monde commun rétrécit. Nous faisons quotidiennement l’expérience de l’étrangeté : en écoutant un discours politique, en lisant la presse. Dans un monde globalisé, nous sommes en permanence face à une expérience du monde qui n’est pas la notre. Face à cela, on a besoin de repères. Si Dick est prophète, ce n’est pas en ce qu’il détient la clé du monde, mais au contraire car il nous montre l’incomplétude de tout système. Toutefois, malgré l’absence d’ordre, l’expérience cette incomplétude est le destin de tout homme en quête du divin. Dans une lettre à Claudia Bush écrite dans les années 1970, Dick dit avoir découvert le poème de sa vie. Il s’agit du poème gnostique l’Hymne de la Perle, qui raconte l’histoire d’un prince parti en terre étrangère pour retrouver une perle perdue dans un lac par un dragon. Mais il perd la mémoire de son identité et de sa quête, et erre ainsi des décennies, jusqu’au jour où un aigle passe, lui apportant une lettre de ses parents. Alors la mémoire lui revient, et il part ànouveau à la quête de la perle. Ce récit est en suspens, par nature : dès lors qu’on la trouve, la perle n’est plus qu’un objet. Dick décrit sa quête comme de l’épistémologie - de épistémologie comparative, je dirais, une quête du juste, du divin, qui ne peut se satisfaire d’une vision du monde arrêtée. C’est finalement une mystique de l’esprit critique !

 


https://www.philomag.com/articles/pacome-thiellement-philip-k-dick-cest-une-mystique-de-lesprit-critique

DELFEIL DE TON PARLE DE LEAUTAUD

 



C'est dans "Qu'est-ce que tu lis ?", la chronique que Delfeil de Ton tient sur Bibliobs et dont on ne raterait un épisode sous aucun prétexte :

https://www.nouvelobs.com/bibliobs/20201020.OBS34967/qu-est-ce-que-tu-lis-14-par-delfeil-de-ton.html

THEATRE DE L'EMPIRE

  

 


 

Et voilà ce que tu as vu

Et tes yeux ne répondent plus

C’était un spectacle où tu te produisais

Et ce spectacle tu vas maintenant le jouer

 

C’était un spectacle où tu te produisais

Tu arrivais avec ta bonne épée`

Gourou banane d’une apocalypse garrottée

C’était le spectacle de ton amour manqué

T’a-t-on assez dit que tu étais surestimé

C’était le spectacle de ton amour manqué

Le spectacle de toute ta honte bue

Et même ton foie ne répond plus

C’était un spectacle où tu te produisais

Et ce spectacle tu vas maintenant le jouer

 

Tu portais les ballerines de l’indécence

A l’Hôtel Amour de la Dernière Malchance

Tu arrivais avec tes livres d’avant-romance

C’était avec elle faut-il que je te le rappelle

Toi dont l’amour a à chaque fois coupé les ailes

C’était le spectacle de cet amour surfait

Et ce spectacle tu vas maintenant me le payer

 

Tu arrivais avec tes livres d’avant-romance

Et l’hôte de ces lieux était le maître du non-sens

On vous guida vers la chambre des intensités

Et cette chambre était une fosse d’aisance

On vous a costumé dans des motifs arlequins

Des losanges et des fifrelins

On vous a talqué le cul poudré

Enfin on vous a préparé le dîner

 

Chacun mangea le cœur de l’autre

Et ce désir c’était le vôtre

C’était le cœur de cet amour mal-né

Et cet amour tu devras l’assumer

 

On vous guida vers la chambre des intensités

Et cette chambre était une fosse d’aisance

Dans ses senteurs poivrées au parfum d’ambre 

Vous découvriez la chambre cachée derrière la chambre

Cette chambre était un atroce charnier

C’était le charnier de tous les amours passés

Et ces amours tu vas maintenant les endosser

 

Les murs étaient décorés des vingt-deux arcanes majeurs

Mais celles-ci étaient dessinées sans bonheur

Sur l’arcane sans nom tu reconnais le sphinx égyptien

Et dans le retour de cette nuit tout réapparaît 

Sauf à son emplacement où il n’y a plus rien

C’était la pantomime désastreuse de tes amours derniers

Et cette pantomime tu vas maintenant la jouer

 

Dans une pièce derrière cette pièce il y a une caverne

Dans laquelle une géante à la vulve énorme hiberne

Et là tu comprends enfin que tu es en train de rejouer un drame

Quelqu’un comme toi s’était agenouillé aux pieds de la géante

De quelqu’un d’autre que toi elle avait été l’amante

 

Alors tu commenças à trembler

Parce que ton ventre recommençait à te secouer

Il gonfla, rempli de gaz, et tu eus la diarrhée

Et tes yeux cessèrent de voir à nouveau

Et tes yeux cessèrent de voir comme jamais

Et tu te mis à crier et à pleurer comme un veau :

 

A ce qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais aimé ce corps

Lourd et gras même quand je ne mangeais pas

Lourd et laid même quand je n’en avais pas

A ce qu’il m’en souvienne il m’a toujours fait littéralement chier à mort

Et puis cette voix aiguë d’enfant châtré

Je n’ai jamais pu la supporter

J’ai fait semblant j’ai fait avec ce que j’avais 

Mais qu’est-ce que vous croyez

Vous croyez qu’on décide de la façon dont on est incarné

On peut seulement moduler la forme de notre apparition

On peut seulement trouver le rythme de notre chanson

Que faut-il que j’ajuste dans mon âme pour que mon corps advienne

Quelle sorte de mantra chanter pour qu’enfin il se tienne

Je devais voir quelque chose laissez-moi le chercher

J’ai vu le signe mais je n’ai pas su l’interpréter 

Dites-moi ce que je dois faire je le dirai

Dites-moi ce que je dois vivre je le chanterai

Je le vivrai dans le confinement de notre dernière malchance

Je le ferai dans les tourbillons de cet ultime non-sens

Calme-toi mon corps mon ventre mes yeux

Calme-toi je te promets que je vivrais mieux

 

Alors mon ventre se calma et mes yeux répondirent

Désormais mon cochon cette sagesse tu dois l’acquérir

C’est le monde de ta vie dans le dernier de tes corps

Celui dans lequel tu crèveras un jour comme un porc

Alors recommence-moi tout ça

Rejoue encore une fois

C’est un jeu souviens-toi

Le temps est un tric-trac chante-le

Le temps est une spirale suis-la

Le temps est une chanson écris-la

Avec le bon tempo cette fois

 

Et voilà ce que j’ai vu

Et ce que j’ai vu je vais maintenant le jouer

PRINCE DES FÊTES BRÛLANTES ET DES AUBES FROIDES

« La musique de Prince parle d’un monde où le sexe et la spiritualité seraient unis, un monde où le sexe et la spiritualité ne feraient qu&#...