jeudi 22 octobre 2020

LE TEMPS DES VAMPIRES COMMENCE

  

 



 

 

Te souviens-tu du jour ou de la nuit où tout a commencé

Te souviens-tu du moment où tous les signes se sont renversés

Où tu ne pus plus lire tes oracles sans qu’ils te mentent

Où tu ne sus plus sourire à tes superbes amantes 

 

C’était il y a deux ou trois fois sept temps

C’était l’hiver de l’année qui n’eut pas de printemps

C’étaient nos meilleurs jours, c’étaient nos pires années

C’était ce moment magique et maléfique où tout a commencé

N’importe quel cosaque aurait tourné bourrique

C’était du charabia nostradamesque punk ésotérique

Ce style tellement sous-estimé 

qui fait l’authentique saveur des derniers soupirs

Ce genre tellement charmant qui déplaît 

à ceux qui ne savent pas rire

 

Nous étions dans la pizzéria gastronomique du professeur

Joli neuvième tu restes à jamais dans mon cœur

Servis par une petite fille aux grands yeux verts

Et le temps était d’une couleur amère

Les pièces cachées derrière la fausse bibliothèque 

devenaient abyssales

On se perdait comme des gosses 

jusque dans la moindre de leurs salles

Vertes comme la chandelle et comme l’absinthe

Dehors le ciel était lourd 

comme le ventre d’une femme enceinte

On pouvait trancher l’air en grands morceaux

C’était la veille du premier acte

Nul ne savait encore jusqu’où irait la folie du pouvoir 

Le petit robot semblait bien trop stupide 

pour être vraiment violent

Il semblait bien trop bête pour être alarmant

 

Commença alors une vaste répétition

Le remake d’un vieux traité chinois

Les turbans jaunes se soulevèrent

Avec eux toute la dignité de la misère

Face à eux toute l’impudeur des possédants

Et pendant un temps un temps et la moitié d’un temps

On vit de Goliath se déployer les puissances 

Frapper et gémir ensuite 

avec le masque comique de l’innocence

On insulta les misérables alors que Notre-Dame brûlait

On condamna les travailleurs et personne ne riait

 

Moi je n’étais pas là

J’étais là et je ne l’étais pas

Toujours dans les jupes de Samantha

A tenir la laisse de ses chiens

Conduire le volant de son carrosse et soulever sa traîne

Alors que ma ville était à feu et à sang

Et que l’ancre de son navire brûlait

Alors qu’on ouvrait le tombeau de Toutankhamon

J’arrivais à cheval dans des châteaux en morte saison

La chambre des amandes amères s’ouvrit sur mon passage

Ses vitraux étaient faits de sphinges 

et le diable déployait ses images

Nous fîmes l’amour dans les fumées d’un fort encens

Et descendîmes tirer les cartes dans le salon des mirages

Le chien de mon amie poursuivit le chat du château

Les hurlements des éborgnés nous arrivaient filtré 

par le plus lourd que l’air

Et mon foie paya au prix fort 

le prix de mon cœur pantalonesque

 

Te souviens-tu du jour ou de la nuit où tout a commencé

Te souviens-tu du moment où tous les signes se sont renversés

Au dehors il y avait les résidus du cirque 

dont la tempête avait détruit le chapiteau

Des fauves erraient dans les jardins 

en quête de plaisirs de bouche

Et Samantha se fit fort de caresser le mâle alpha de la meute

Il y avait aussi des dromadaires mal en point, 

des dromadaires sans bosse, 

des dromadaires avec des bosses crevés

Comme tous ceux que nous croisions toujours

Partout où nous allions nous touchions du doigt 

les passages entre les mondes

Mais ce n’était vraiment pas les bons

J’enterrais mon chef d’œuvre sous le chêne

Et nous partîmes dans des chœurs d’enfants qui chantaient 

« Je vous aime »

Je n’en croyais tellement pas mes yeux 

qu’ils me firent faux bond

Te souviens-tu du jour ou de la nuit où tout a commencé

Te souviens-tu du moment où tous les signes se sont renversés

 

Le temps des vampires commence


 

STARMAN



Je ne sais pas quelle heure il était les lumières étaient basses
Je me suis penché sur ma radio
Un gars allait nous passait du bon rock n roll plein de soul, comme il disait
Puis le son, tout d’abord fort, s’est baissé d’un coup
Et j’ai entendu une voix ralentie sur une onde pleine de perturbations 
Ce n’était pas le DJ ça venait du cosmos
 
Il y a un homme-étoile qui attend dans le ciel
Il aimerait venir nous rencontrer
Mais il pense qu’on ne le supporterait pas
Il y a un homme-étoile qui attend dans le ciel
Il nous a dit de ne pas tout détruire
Parce qu’il sait que tout ça a une valeur
Il a dit
Laisse les enfants se perdre
Laisse les enfants l’utiliser
Laisse tous les enfants danser
 
Je devais appeler quelqu’un et c’est tombé sur toi
C’est dingue tu l’as entendu aussi
Allume la télévision tu peux tomber sur lui sur la deuxième chaîne
Regarde par la fenêtre tu verras sa lumière
Si nous pouvons briller il atterrira ce soir
N’en parle pas à ton père où il nous empêchera de sortir
 
Il y a un homme-étoile qui attend dans le ciel
Il nous a dit de ne pas tout détruire
Parce qu’il sait que tout ça a une valeur
Il a dit
Laisse les enfants se perdre
Laisse les enfants l’utiliser
Laisse tous les enfants danser
 
Il y a un homme-étoile qui attend dans le ciel
Il nous a dit de ne pas tout détruire
Parce qu’il sait que tout ça a une valeur
Il a dit
Laisse les enfants se perdre
Laisse les enfants l’utiliser
Laisse tous les enfants danser
 
David Bowie, Starman (1972)

mercredi 21 octobre 2020

EYRENEE PHILALETE NOUS PARLE

 


 

« Achevé le régime de Mercure, dont l’œuvre est de dépouiller le roi de ses vêtements d’or, de fatiguer le lion par de multiples combats et le harceler jusqu’à la dernière lassitude, alors paraît le régime de Saturne. En effet Dieu veut, pour mener à bien l’œuvre engagée, et c’est la loi de cette scène, que la sortie d’un régime soit l’entrée d’un autre, la mort de l’un, la naissance de l’autre ; à peine Mercure a-t-il terminé son règne qu’entre son successeur Saturne, qui occupe le plus haut rang après lui. Le lion mourant, naît le corbeau.

 

« Ce régime est également linéaire en ce qui concerne la couleur, parce qu’il n’y a qu’une couleur, le noir très noir. Mais on ne voit pas de fumée, ni de vent, ni aucun symptôme de vie, mais tantôt le composé est sec, tantôt il bout comme de la poix fondue. O triste spectacle, image de la mort éternelle, mais quel messager agréable à l’artiste ! Car ce n’est pas une noirceur ordinaire, mais brillante, plus que le noir le plus intense. Et lorsque tu verras ta matière, au fond du verre, s’enfler comme de la pâte, réjouis-toi : c’est que l’esprit vivifiant y est enfermé, et, quand il le jugera bon, le Tout-puissant rendra la vie à ces cadavres.

 

« Sois donc content d’être retenu en prison pendant quarante jours et quarante nuits, et permets à ta tendre matière de rester au fond, qui est le nid de sa conception ; sois certain qu’après la période déterminée par le Tout-puissant pour cette opération, l’esprit renaîtra glorieux et glorifiera son corps. »


 

Eyrénée Philalète, L’entrée ouverte au palais fermé du roi (1645)

LA CHANSON DE PACOME




Toute ma vie je crois bien j’ai cherché ma chanson

Un homme doit avoir une chanson
Une chanson pour mourir
Une chanson pour renaître
Une chanson pour aimer
Une chanson pour supporter de n’être pas aimé
Une chanson pour voir
A travers le miroir glacé du démiurge
Et son labyrinthe de malheurs
Une lumière une chaleur quelque part au loin
Une lumière quelque part au loin pour supporter
Ce que les gens peuvent être vaches

 

Et puis un jour quelle joie j’ai trouvé ma chanson
Elle m’attendait au coin d’une rue de Paris
Toute ma vie m’a-t-elle dit je t’ai cherchée mon âme
Une chanson doit avoir une âme
Une âme pour mourir
Une âme pour renaître
Une âme pour aimer
Une âme pour supporter de n’être pas aimé
Une âme pour sortir
De la poubelle du démiurge
Et son labyrinthe de souffrances
Vers une lumière une chaleur quelque part au loin
Une lumière quelque part au loin pour supporter
Ce que la vie peut être moche

C’était une fille sombre et colorée
Une chanson brune au grand cœur
Face à elle j’étais apprêté comme une catherinette
J’étais gentillet comme une petite lorette
Elle était tellement plus intelligente que moi
C’était une jeune femme austère qui ne faisait pas de cadeau

 

Un temps plus tard sur la scène je chantais ma chanson
C’était au théâtre de l’empire
Devant une salle de messieurs le cul nul sur leurs trônes
Ils grignotaient des doigts d’enfant pauvre 
en guise d’amuse-bouche
Ils me congratulaient pendant que je chantais
Une âme doit avoir un cœur
Un cœur pour mourir
Un cœur pour renaître
Un cœur pour aimer
Un cœur pour supporter de n’être pas aimé
Un cœur pour mordre
A travers la trame zébrée du démiurge
Et son labyrinthe de désastres
Vers une lumière une chaleur quelque part au loin
Une lumière quelque part au loin pour supporter
Ce que le monde peut être vide

Ces messieurs chièrent et me dirent
Nous aimons votre chanson
Mais vous pourriez en faire un bien meilleur usage
Trempez-la dans l’huile trempez-la dans l’eau
Vous pourriez lécher nos escargots lorsque vous la chantez
Ou les chattes de nos plans-culs avant que nous les baisions
Vous pourriez louez la beauté de nos vieux slips troués
La grande taille de nos queues le délice de nos jus
Nous vous offrirons un triomphe et les clés de la Cadillac rose
Une miette de notre sandwich et toute notre estime
Alors ma chanson et moi nous nous sommes regardés
Et nous avons rigolé jusqu’à nous étouffer

 

Un temps passa et je me retrouvai dans un temple
Il était fait des cadavres de centaines d’animaux
Au centre de l’autel le plus pur des humains était torturé
Je fus pris de vertige et je m’agenouillai
Un prêtre me bénit et me souffla son haleine puante
A travers le micro de sa messe de viande
Il parlait en bouffant de la confiture de porc
Et il me proposa de chanter ma chanson
Un cœur doit avoir un ventre
Un ventre pour mourir
Un ventre pour renaître
Un ventre pour aimer
Un ventre pour supporter de n’être pas aimé
Un ventre pour digérer
Le jus de pétrole du démiurge
Et son labyrinthe de merdes
Et trouver une lumière une chaleur quelque part au loin
Une lumière quelque part au loin pour transformer
Toute cette crasse toute cette saleté

Le prêtre me dit que tout ça c’était bien gentil
Mais le texte manquait singulièrement de côtelettes de porc
Je pouvais tout reprendre avec un peu de soupe de viande
Je pouvais chanter mieux en sirotant sa chiasse 
Alors ma chanson dit tout haut : ce n’est pas le vrai monde
Ce dieu de viande est un mensonge
Cette messe est immonde
Relève-toi me dit-elle tout cela n’est qu’un leurre

 

La moitié d’un temps passa je vous la fais courte
Vint une femme d’ombre et de lumière
C’étaient nos meilleurs jours ; c’étaient nos pires années
Au loin on entendait une triste mélopée
Elle nous salua de son grand chapeau claque
Elle nous présenta son petit cirque d’acrobates
Et ma chanson et moi nous nous mirent à l’aimer
Un ventre doit avoir un amour
Un amour pour mourir
Un amour pour renaître
Un amour pour vivre
Un amour pour supporter de n’être pas vivant
Un amour pour sourire 
Dans le dernier des mondes
Celui dans lequel je meurs et je ne reviens pas

L’amour nous apprivoisa ma chanson et moi
L’amour nous régala de champignons rares et d’alcool sucré
L’amour nous balada dans son carrosse de chair
Et au cœur de la nuit la plus noire de l’année
L’amour s’agenouilla et me demanda comme un service 
De lui prêter ma chanson
Toute ma vie je crois bien j’ai cherché l’amour
Je n’avais vécu que pour ce moment et je la lui donnai
Ma chanson resta muette devant ma stupidité
Ma chanson me regarda avec des yeux 
que je n’oublierai jamais
Elle sourit tristement et se contenta de soupirer
Ce que le sexe peut rendre bête

 

Ma chanson s’enfuit dans les fleurs cannibales
Mon âme se replia mon cœur gonfla mon ventre explosa
Mon amour révéla soudain son vrai visage
Une tête de chien sauvage un regard d’enragée
De colère elle se jeta sur moi et me mordit le pied
Elle m’arracha une oreille et me brisa les doigts
Elle me cogna la gueule avec des tatanes d'acier
Je perdis toutes mes dents et elle me creva un œil
Je mis plusieurs mois avant de respirer
Je mis plusieurs années avant de me relever
Depuis boiteux borgne et éclopé j’erre parmi les ombres
Je cherche ma chanson
Et je ne la retrouve pas


 

mardi 20 octobre 2020

EN ATTENDANT LE MIRACLE


Chérie, j’ai attendu

J’ai attendu nuit et jour

Je n’ai pas vu le temps passer

J’ai attendu la moitié de ma vie

J’ai reçu beaucoup d’invitations

Je sais que tu m’en as envoyé quelques-unes

Mais j’attendais

Le miracle

Le miracle à venir

 

Je sais que tu m’as vraiment aimé

Mais je n’avais pas les mains libres

Je sais que ça t’a blessé

Ça a dû blesser ton orgueil

Devoir te rendre sous ma fenêtre

Avec ton clairon et ton tambour

Et moi j’étais là qui attendais

Le miracle

Le miracle à venir

 

Je ne crois pas que tu aurais aimé

Tu n’aimerais pas ici

Il n’y a pas de divertissements

Et les jugements sont sévères

Le Maître dit que c’est du Mozart

Mais on dirait plutôt de la variété

Quand tu attends

Le miracle

Le miracle à venir 

 

En attendant le miracle

Il n’y a rien à faire

Je n’ai jamais été aussi heureux

Qu’à la fin de la seconde guerre

 

Rien à faire

Quand tu sais que tu as été pris

Rien à faire

Quand tu mendies pour une miette

Rien à faire

Quand tu dois continuer à attendre

Le miracle

Le miracle à venir

 

J’ai rêvé de toi, chérie

C’est juste hier soir

Tu étais majoritairement nue

Mais tu étais partiellement lumière

Les sables du temps tombaient

De tes doigts, de ton pouce,

Et tu attendais 

Le miracle

Le miracle à venir

 

Chérie, marions-nous

Nous avons été seuls trop longtemps

Soyons seuls ensemble

Voyons si nous sommes si forts

Faisons quelque chose de dingue

Quelque chose de mal

Alors que nous attendons

Le miracle

Le miracle à venir

 

Quand tu es tombé sur l’autoroute

Que tu es étendu sous la pluie

Et qu’on te demande comment tu vas

Bien sûr tu ne vas pas te plaindre

Si on te demande de l’info

Tu dois faire l’idiot

Contente-toi de dire que tu attends

Le miracle

Le miracle à venir


Leonard Cohen, Waiting for the miracle (traduction à la diable)

lundi 19 octobre 2020

LIFE ON MARS



C’est une affaire affreusement petite

Pour la fille avec les cheveux ternes

Mais sa maman hurle « non »

Et son papa lui dit qu’elle peut y aller

Mais son amie est introuvable

Maintenant elle entre dans son rêve effondré

Elle s’assoit sur le siège avec la meilleure vue

Et elle est attrapée par le grand écran

 

Mais le film est d’un ennui à pleurer

Elle l’a déjà vécu plus de dix fois

Elle pourrait cracher dans les yeux des crétins

Qui lui demandent de se concentrer sur

 

Des marins qui se battent dans la salle de bal

Regarde passer ces hommes des cavernes

C’est le plus grand Freak Show

Regarde le flic s’en prendre au faux coupable

Saura-t-il un jour qu’il est dans le show qui marche le mieux

Y a-t-il de la vie sur Mars ? 

 

C’est écrit sur le front soucieux de l’Amérique

Mickey Mouse s’est transformé en vache

Les travailleurs ont atteint la gloire

Maintenant que Lennon se vend à nouveau

Regarde les hordes de souris par millions

De Ibiza à Norfolk Broads

Rule Britannia est hors limites

Pour ma mère, mon chien, et les clowns

 

Mais le film est d’un ennui à pleurer

Je l’ai déjà écrit plus de dix fois

Il s’apprête à être écrit à nouveau

Alors que je vous demande de vous concentrer sur

 

Des marins qui se battent dans la salle de bal

Regarde passer ces hommes des cavernes

C’est le plus grand Freak Show

Regarde le flic s’en prendre au faux coupable

Saura-t-il un jour qu’il est dans le show qui marche le mieux

Y a-t-il de la vie sur Mars ?


David Bowie, Life on Mars (traduction à la diable)

 

JE NE REVIENDRAI PAS

 




Je ne reviendrai pas
Je connais trop déjà
L’affreuse combinaison des signes équivoques
Tic toc pam poum et colégram
Bourre bourre le mou de ta pauvre âme
Tic tac pif paf et badaboum
Le manège jusqu’aux tempes avec les mêmes images
Provoquant les mêmes désirs et les mêmes peurs

 

Je ne reviendrai pas
Je connais bien tout ça
Et comment qu’on y croit
Alors qu’on devrait pas
Et comment qu’on y revient
Et même qu’on sait déjà
Dansez dansez ma petite dame
Dansez dansez ma pauvre âme
O toutes ces folles images de noces militaires
Le bal des pyromanes et la gigue des brûlés
La maitresse du village et ses derviches de foire
Les petits vieux qui se tapent dans un hospice en flammes
Le cortège d’animaux prêts pour l’équarrissage
Avec le petit singe dans sa drôle de machine
Le scarabée bleu magique qui s’écrase sur ton doigt
Et la princesse charmante dans son beau taxi blanc
Ses seins en pointe et ses petites dents pointues
Qui vient te me chercher un jour ou une nuit
Tu entends les violons dans un immeuble au loin
Alors qu’elle te conduit dans la fosse commune

 

Je ne reviendrai pas
Je connais bien tu sais
Tout ce que les circuits tordus de ma psyché 
Provoquent entre mon cœur mon cerveau et mon foie
Mon triste cervelet d’enfant au cerceau spiralé
Mes aspirations et mes vies expirées
Les spirales labyrinthes des relations humaines
Remplies de belles histoires et qui se terminent mal
Si tu veux m’épater tu sais c’est déjà mort
Je ne peux plus rejouer le petit chevalier
Avec son armure percée et sa petite épée en bois
Avec ses grands sourires et ses peluches d’enfants
Et ses encyclopédies remplies de mots rares
Et ses livres de nuit et ses proverbes de jour
Sa voix aiguë son corps de porc et ses peurs
Ses séductions à vitesse d’ange et ses jardins sanglants
Son jeu d’osselets étrange
Son backgammon du pauvre
Sa mauvaise aventure
Je m’en suis bien fadé de mes fausses alertes et de mes grands mots bien vides
Rien que le son de ma voix me fait désormais mal au bide
Ce frisson des reconnaissances
Ce frisson des ambivalences
Et celui des prééminences 
Tour ça ressemble à ma vie dans le dernier des mondes
Celui dans lequel je meurs et je ne reviens pas

 

J’ai tout donné déjà 
Et ça va bien comme ça
Alors non vraiment
Je ne reviendrai pas
A ce petit jeu pervers des signes inconsistants
J’ai donné mon passé et j’ai perdu mon temps
Tour ça c’est bien ma vie dans le dernier des mondes
Celui dans lequel je meurs et je ne reviens pas
Alors ça va tu sais n’insiste pas
Ta voix n'est plus pour moi qu'un acouphène
Je ne reviendrai pas

BON ANNIVERSAIRE MARSILE FICIN


« Toutes les forces de la magie sont Amour. L’œuvre de la magie consiste en l’attirance qu’exerce une chose sur l’autre par similitude naturelle. Les parties de ce monde, comme les membres d’un seul animal, dépendent tous d’un Amour, et sont liés ensemble par une communion naturelle. »

Marsile Ficin


 Né le 19 octobre 1433, mort le 1er octobre 1499.


samedi 17 octobre 2020

MAIS OU EST PASSE VALERIE CRAVAN ?

 

Elle s’appelait Valérie. Elle était la conseillère d’orientation dans l’école de cinéma où j’étais étudiant au milieu des années 1990. Elle avait vraiment une allure inhabituelle : une sorte de provocation naturelle, une indifférence royale aux conventions, un détachement plein de zigzags et d’humour totalement déconcertant. Elle n’est pas restée longtemps - un mois, deux mois ? - mais avant de partir, entre deux bouffées de son fume-cigarette et me lançant un regard perçant sous ses lunettes noires, elle m’a confié un énorme dossier : « Colossus », un scénario-fleuve qu’elle avait écrit sur la vie d’Arthur Cravan. J’aimerai me tromper mais je ne crois pas que le film ait abouti. Je connaissais mal Cravan, et j’avais des préventions légères contre lui : il avait dit du mal d’Apollinaire et je suis rancunier quand on attaque mes poètes bien-aimés. La « conseillère d’orientation » en elle avait dû deviner que, tôt ou tard, Cravan ferait son chemin en moi. J’ai progressivement été emporté par son lyrisme, son byronisme absolu : un poète dont le nombre de qualificatifs (poète aux cheveux les plus courts du monde et déserteur de plusieurs pays mais aussi « chevalier d’industrie, marin sur le Pacifique, muletier, cueilleur d’oranges en Californie, charmeur de serpents, rat d’hôtel, neveu d’Oscar Wilde, bûcheron dans les forêts géantes, ex-champion de France de boxe, petit-fils du chancelier de la reine, chauffeur mobile à Berlin, cambrioleur, etc. ») était aussi important que son corpus littéraire était bref. Il y a des textes de Cravan - comme sa rencontre avec Gide - qui me font littéralement pleurer de rire. Il y a des vers que je me répète comme une comptine (« J’aime tellement la danse / Et les folies physiques / Que je sens avec évidence / Que, si j’avais été jeune fille / J’eusse mal tourné. ») et des phrases que je trouve sans appel : « Pour moi donc un homme fin ou subtil n’est presque toujours qu’un idiot. » Et il y a des passages qui m’emportent dans leur mystère. Un mystère comme celui de sa disparition en mer, en novembre 1918, au milieu d’une tempête de plusieurs jours, dans l’isthme de Tehuantepec. Il laissait derrière lui son grand amour, Mina Loy, et leur fille Fabienne. Elles l’ont cherché des années, en vain. Dans les années 1970, Brion Gysin était persuadé qu’Arthur Cravan était encore vivant. 


VIVEMENT QUE JE VIVE





Vivement que je vive

Que je quitte cette chambre de nuit
Où ses yeux du ciel ont mis mes jours en vrac
Où ses cheveux de fée ont brouillé ma vue 
et liquéfié ma flamme
Où sa musique amère de docteur malchance 
a ravagé mes joies

 

Vivement que je vive
Que je quitte ce pince-cul des saints
Où j’ai tiré les rois perdu la face branlé des reines
Où j’ai conduit la Mesnie Herlequin des vivants antérieurs
J’étais l’homme-labyrinthe fiancé à la folie des autres
Le petit joueur de dames au milieu des archers
Je faisais tapisserie avec mes tartines de miel
Tout ça dans un sac noué dans ma gorge serrée
Avec des langues pour les vivants
Des bougies pour les morts 
Et des fleurs pour Frankenstein

 

Vivement que je vive
Vivement que je pleure pour de vrai
Je n’étais qu’un souffleur au théâtre des morts
J’avais des trous de mémoire et j’oubliais mon texte
J’avais tellement aimé que je m’en trouvais moche
J’avais tellement bavé que je m’en croyais sec
J’avais tellement tourné en rond 
que je ne pouvais plus encadrer le visage 
de mon ombre en peinture

 

L’aube m’avait retrouvé devant le Pont-Marie
Une statuette d’Horus mise en pièces 

Avec une jambe en moins
J’étais l’Œdipe boiteux de ce sphinx asphyxiant
Et la Médée maudite de cette guerrière maure
J’en perdis la voix sur une faute de français
Au soir que je devais retrouver mon sickamour perdu
L’accès se fit abcès et je dus disparaître
Je fis ma conférence au Théâtre de la cruauté
La main dans le sac de mes tartines d'ennui
Avec des tristesses pour les gosses
Des malheurs pour les filles
Et des fleurs pour Frankenstein

 

Passent les jours et les maux dont nul ne se souvient
Après la gorge les yeux après l’oreille le nez
Tous les sens obstrués l’un après l’autre dans une cavale folle
Chaque soir me visitait le regard de cette femme funéraire
Que je voyais reflété à l’envers dans les glaces de la scène
Étais-je fou d’aimer une spectatrice
Étais-je malade étais-je fou
Les poètes ne se pâment paraît-il que pour les étoiles
Les femmes qu’éclairent le lustre d’une gloire adamantine
Les stars amères et les puissances infâmes
C’était écrit dans tous les livres que j’avais oubliés

 

Étais-je fou étais-je triste
Allais-je passer ma vie à pleurer 
dans des mains pleines de trous
Et tous ces jours qui passent et se ressemblent tant
L’année se levait à Salpêtrière-City
C’était ce jour taré où l’on me crut mourant
C’était ce matin ivre
Où je rentrais à pied fort de tant d’élégance et d’obséquiosité
Le démiurge n’avait jamais été aussi raffiné dans l’ordure
C’est du moins ce que je croyais et mon dieu j’avais tort

 

Un sursaut de vie me poussa dans les bras d’une femme
Que je n’appellerai plus jamais que la sombreuse d’âmes
Nos journées furent immenses nos désirs en trompe-l’œil
Nos voyages nous menaient vers d’incroyables drames
La sombreuse se pâmait et je m’enfonçais dans ses draps
La nuit atteignait jusqu’à mon cœur et me fit 
oublier tout ce qui n’était pas elle
Tous les signes convergeaient et c’était toujours elle
Tous les écrits hurlaient et c’était elle encore

 

Perdu dans une contrée où tout était désert
J’atteignais le siège de la plus triste reine
Celle qui vous donne la mort et vous promet la vie
Celle qui vous donne l’espoir et vous retire la joie
Celle qui vous annonce tout et prend même 
ce que vous n’avez pas
Face à elle je me fiançais avec la sombreuse d’âmes
C'était déjà chanté dans mes comptines de merde
Avec des oranges pour les jours
Des citrons pour les nuits
Et des fleurs pour Frankenstein

 

Mais sortirais-je un jour de ces litanies ivres
De ces messes pour dancing 
Ces requiem d'enfants malades
Car je n’ai pas pu continuer à feindre l’espérance
Je me suis écœuré de cette sèche charité 
Je n’ai pas voulu me contenter de cette foi en rien
Et je laissais en plan le rade là-bas des espoirs à rebours
Y a-t-il une vie après le sickamour de ma vie
Y a-t-il une vie après la femme de ma mort
Y a-t-il un vertige après le dernier des vertiges
Celle qui vous tend ses lèvres et vous assèche le cœur
Celle qui vous donne sa main et vous retire votre âme
Celle qui vous dit libre de tout et coupable même 
de ce que vous ignorez

 

Vivement que je vive
Vivement que je quitte cette prison de mort
Où je tourne en rond attendant quelle sentence
Quelle délibération d’un jury psychopathe
A tartiner toujours mes confitures de chair
Avec des lambeaux pour les âmes
Des saignées pour les corps
Et des fleurs pour Frankenstein

EUGENE CANSELIET NOUS PARLE




Contre l’affection, qui s’installe et se développe pour un cycle à la fois fatal et collectif, il n’est pas de traitement infaillible et qui se montre indifféremment applicable à tout le monde. La guérison y relève uniquement du miracle qui requiert, pour se produire, le remède approprié, en même temps qu’il exige, pour la préparation de celui-ci, des conditions non moins exceptionnelles que pour son application à laquelle doivent étroitement collaborer le malade et son médecin. 

Qu’on sache bien que, pour l’heure, tout néoplasme réel, quelle que soit sa nature, n’est pas plus guéri par l’allopathie et l’homéopathie, que par l’intervention chirurgicale.

Et tout cela fait, au reste, qu’apparaît véritablement comme une farce gigantesque, poussée à la gageure tragique, que puisse devenir bientôt obligatoire le vaccin pernicieux de l’inutile B.C.G.


Qui nous protégera jamais des atteintes posées aux libertés les plus sacrées de la nature individuelle ?


Découlant de cette même fatalité de fléau compensateur et périodique notre remarque vaut aussi pour la variole dont il est impensablement inouï qu’on puisse toujours appliquer la vaccine, en de subtiles réitérations aux trois étapes de la si courte jeunesse. Nous nous demandions parfois s’il ne s’agissait pas tout simplement d’impératifs bureaucratiques, de services à maintenir ou bien même à créer au sein de l’Administration. Déesse souveraine et tutélaire de la République, elle fait les lois et prend les initiatives, celles-ci fussent-elles du calibre de cette menace d’invasion variolique, assurément fantôme, dénoncée en 1955, sur laquelle fut savamment orchestrée la campagne préventive de caractère vaccinatoire, à notre connaissance, responsable de quelques malheureuses victimes. 


Sévices insupportables, acceptés par les foules obéissantes et offrant, sous l’attristante vanité d’une soi-disant instruction aussi largement répandue que fort mal digérée, le plus désespérant exemple que l’ignorance et la passivité puissent fournir.



Eugène Canseliet, Alchimie – études diverses de symbolisme hermétique et de pratique philosophales (J.J. Pauvert, 1964)

THE MAN WHO SOLD THE WORLD

 



Nous étions en haut des escaliers

Nous parlions de ce qui fut et où

Et bien que je n’étais pas là

Il dit que j’étais son ami

Ce qui était très surprenant

Je lui parlais dans les yeux :

« Je croyais que tu étais mort, seul

Il y a très, très longtemps »

 

Oh non, pas moi

Je n’ai jamais perdu le contrôle 

Tu es face à face avec 

L’homme qui vendit le monde

 

J’ai ris et serré sa main

Et je suis rentré chez moi

J’ai cherché une forme et un lieu

Et j’ai erré encore pendant des années 

J’ai regardé avec des yeux aveugles 

Ces millions d’êtres autour de moi

Nous sommes sans doute morts seuls

Il y a très, très longtemps

 

Qui sait ? Pas moi

Nous n’avons jamais perdu le contrôle
Tu es face à face avec

L’homme qui vendit le monde



David Bowie, The Man who sold the world (traduction à la diable)

 

DELFEIL DE TON PARLE DE VERLAINE



C'est dans "Qu'est-ce que tu lis ?", la chronique que Delfeil de Ton tient dans Bibliobs un peu quand il veut puisque c'est sur le web. Et dont la lecture est toujours un enchantement :

https://www.nouvelobs.com/bibliobs/20201013.OBS34656/les-etoiles-de-paul-verlaine.html

FINI, LE MONDE !


Un jour, il ne nous restait plus rien. On nous avait tout pris : la bourse et la vie ; les jours et les nuits ; l’amour la poésie ; les possibilités de transformer le monde et de changer la vie. On nous avait même pris nos yeux pour pleurer, ou plutôt : on les avait crevé, pendant des mois. On s’est réveillé borgnes et pauvres, endettés comme des mules, destitués de nos droits, abrutis par nos devoirs, étouffés par l’air pollué, empoisonnés par une nourriture pleine de pourriture, divisés pour mieux laisser les salauds régner. Un jour, il ne nous restait plus rien.

Et puis confinés avec ça. Dehors, un virus faisait tomber les hommes comme des mouches. Une ministre de la santé, qui ensuite prétendrait avoir averti son gouvernement de la gravité de la pandémie, avait plaqué son rôle pour briguer la place de maire de Paris. Son prédécesseur s’était retrouvé la bite à l’air, en train de s’astiquer joyeusement, une semaine plus tôt sur les réseaux sociaux. La veille de nous confiner, on nous envoyait encore voter comme des porcs, pas pour de la confiture mais pour des glands. Et puis les morts se mirent à tomber. On avait rien, ni masques ni dépistage, les hôpitaux étaient dans un état lamentable, les infirmiers se protégeaient avec des sacs plastique, les Ehpad se transformaient en mouroirs et un petit robot nous bassinait avec des discours de guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible : comme s’il avait perdu ses fiches ou mélangé ses données. La date de fin de confinement fut lancée au hasard, comme un souhait. Enfin, on nous annonça le montant de la sanction pour le défaut d’un masque qui n’avait pas encore été distribué.

Pendant longtemps on nous avait dit : bien sûr ce n’est pas parfait, la situation n’est pas idéale, mais continuons comme ça, on va y arriver quand même, ça le fera quand même, ça s’arrangera, on s’en sortira, et puis sinon ce serait pire. Nous ne sommes pas en dictature ; essayez la dictature, si ça vous chante. Essayez la dictature et vous verrez. Pendant longtemps on nous avait dit : les conditions ne sont pas réunies, de toutes façons, pour un véritable changement, pour une authentique transformation. Il va falloir attendre, attendre encore, attendre toujours. Le monde ne s’est pas fait en un jour. La vie, ce sera demain. Et puis un jour : peau de balle, plus moyen d’avancer, plus moyen de transformer, plus moyen de changer ; c’était hier, la vie ; c’est fini, le monde. Demain ? Mais il n’y a plus de demain, mon vieux. Tout a très mal marché, dès le début. Nés dans un monde où les innocents se sentent coupables, on nous a abruti avec des fadaises et des stupéfiants. On naît dans un monde injuste, où le fort domine le faible. Et tout s’organise autour de ça, on passe d’une force physique à un discours dominant, d’une autorité religieuse à un pouvoir financier, mais le monde reste divisé entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, ceux qui possèdent et ceux qui sont possédés, ceux qui mangent et ceux qui sont mangés. Nés dans un monde où les innocents se sentent coupables, les faux coupables essayèrent souvent de s’organiser. Sensibles à un éclat de lumière présent dans leur cœur, ils remplacèrent la force par la justice, et tentèrent au mieux d’empêcher la force de se réimposer. Mais ce fut toujours un peu plus dur, toujours un peu moins longtemps, d’autant plus que les hommes de pouvoir, guerriers, prêtres, ministres, juges, propriétaires étaient sensibles à leur jouissance du jour, et s’y soumirent, même si elle entrainait les détresses des autres, le long de vies entières.

Il y eu un homme appelé Jésus. Par sa parole, il essaya de libérer les hommes des fausses lois qu’ils observaient, et des faux prêtres qui les promulguaient et qui n’intercédaient en réalité qu’à leur servitude. Il leur expliqua la véritable nature de la divinité, et essaya de la séparer de toute particularité locale, de toute distinction sociale, de toute hiérarchie entre les hommes. Il expliqua qu’il fallait rejeter l’esprit de revanche parce qu’il rendait méchant, l’orgueil parce qu’il rendait malheureux, les richesses parce qu’elles rendaient bête. Il proposa aux hommes un mode de vie qui était probablement le seul qui ne soit pas susceptible de leur faire honte. Il opposa aux accommodements des hommes un regard clair et simple sur la réalité, un combat clair et une tactique unique : le refus de l’injustice ; le combat contre l’injustice ; et le refus de la violence pour combattre l’injustice. Il demandait que tout soit évalué en fonction des actes, parce que ce sont les actes qui nous informent de la réalité des paroles et de la sincérité des intentions. Il demandait qu’on juge un arbre par ses fruits.

Les hommes le fétichisèrent et prétendirent l’adorer pour mieux contredire par leurs actes toutes ses paroles. Ils mirent en avant ses miracles pour mieux enterrer sa parole. Ils firent des gorges chaudes de sa crucifixion pour mieux éteindre le feu qu’il avait allumé parmi les hommes. Jésus enseignait la non-violence, et c’est par des actes violents qu’on essaya de l’imposer comme dieu aux autres hommes. Jésus enseignait le refus de l’injustice, et c’est par des actions injustes qu’on tenta d’imposer son culte. Il refusa les richesses, et c’est en son nom que des prêtres lâches, des juges cauteleux et des guerriers hypocrites agirent afin de s’enrichir. Les hommes qui prétendirent aimer Jésus se donnaient comme des arbres de vie mais, sur leurs branches, on ne pouvait cueillir que des fruits pourris. La preuve qu’ils ne devaient pas l’aimer tant que ça, c’est qu’ils mettaient des représentations de son corps crucifié dans les temples qu’ils consacraient à son culte : un peu comme si un amoureux affichait dans sa chambre, au-dessus de son lit, des photos de sa bien-aimée tabassée, violée ou écrasée par une voiture. Il y avait quelque chose d’abominable, de contraire à toute intuition et de toute sensibilité, de contraire même à toute sensibilité authentique et tout amour sincère, dans l’adoration de Jésus crucifié, même si pendant les millénaires qui suivraient, son exemple influencerait de nombreux hommes, et leur inspirèrent des actes de grande beauté, des pensées merveilleuses, des vies magnifiques.

Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. Ce sera Jésus ou rien. Incertain de la nature de nos prochaines avanies, mais certains qu’elles se produiront, nous savons qu’elles nous concernerons tous, ou presque. Même si nous ne sommes pas tous égaux devant les conséquences de l’incurie des hommes d’état, le nombre de ceux qu’elles ne concernent pas est de plus en plus réduit. La misère croît plus vite que le désert. Ceux qui profitent de nos malheurs, ceux qui profiteront de nos désolations, s’ils ne se réveillent pas, s’ils ne changent pas et partagent avec nous ce qu’ils nous ont volé, s’ils ne mettent pas l’intérêt général au-dessus de leur petite bite, de leur gros cul et de leur grande bouche, alors nous leur ferons honte. Nous leur ferons honte parce que, pire encore que les haïr, nous les mépriserons. Nous nous organiserons sans eux, même si c’est pour une poignée de jours et de nuits. Nous vivrons sans eux, même si c’est avec des pierres et du sable. Les milliardaires seront nos tschandallas.


Texte initialement écrit pour "Le monde en ruines", un recueil collectif coordonné par Quentin Rouchet pendant et au sortir du confinement

LE TEMPS DES VAMPIRES COMMENCE

         Te souviens-tu du jour ou de la nuit où tout a commencé Te souviens-tu du moment où tous les signes se sont renversés Où tu ne pus ...